JULIE, LÉONOR, MARGUERITE, MA- RIETTE, JEANNETON
JULIE , courant les bras ouverts à Marguerite. — Ah I tu étais ici , ma bonne nourrice? 11 y a une heure que je
CHOIX DE LECTURES
te cherche dans toute la maison. {Elle se jette à son cou. ) Sois mille et mille fois la bien-venue !
MARGDEHiTE. — Quc le bon Dieu vous reçoive un jour comme vous nous recevez , mademoiselle Julie !
JOLIE. — Ha ! ha ! te voila aussi , ma chère Mariette? Comme tu es ronde et potelée! Eh bien! comment cela va-t-il?
MARIETTE, eu s'cssuyaiil les yeux. — Vous nous faites honneur, mademoiselle.
JOLIE. — Comme tu me parles ! On dirait que nous ne nous sommes jamais vues ! Je crois que tu pleures ! Qu'as-tu donc? Conte-moi cela.
MARIETTE. — 0 ma mèrc ! je vous l'avais bien dit !
jiTLiE. — Eh bien! Marguerite, pourquoi ces larmes? Tu pleures aussi , Jeanneton? Que vous est-il donc arrivé de fâcheux? Est-ce que mon papa nourricier est malade?
MAfiGiERiTE, eu s' inclinant. — Non, grâces a Dieu , mademoiselle.
JULIE. — Je ne comprends rien à tes révérences et à tes mademoiselle. Est-ce que vous ne me reconnaissez plus, vous autres? Ah! Marguerite, crois-tu que je ne me souvienne plus de ton amitié et de tes soins pour moi?
MARIETTE. — Je vous le disais bien, ma mère, que Julie aurait plus de bonté pour nous.
JULIE, lui prenant la main. — Oh oui I ma grosse petite boule. Je t'aime de tout mon cœur.
MARIETTE, lui faisant une révérence.
— Je vous remercie, Ju... mademoiselle, voulais-je dire.
JULIE. — En vérité, savez-vous bien que vous me mettriez en colère avec vos façons?
MARGUERITE. — Ou nous B. déjà fait sentir que de pauvres gens de la campagne, comme nous, ne sont plus digues
de l'amitié des grandes demoiselles de la ville.
JULIE. — Tu rêves donc, Marguerite?
Qui t'a fait sentir cela? Est-ce que je ne suis plus ta Julie comme autrefois? Pourrais-je oublier un moment que je le dois ma santé, peut-être même ma vie?
MARGUERITE. — 0 l'excelIcnt petit cœur! Hélas! si d'autres enfans ingrats et orgueilleux, qui ne daignent plus nous reconnaître , pouvaient prendre exemple sur vous I Lconor, pendant toute cette scène, est restée muette, et les yeux attachés sur son ouvrage. Elle a laissé de temps en temps éclater son dépit par des mouvemcns de tête, et des haussemens d'épaules. Enfin, elle se lève brusquement ù ces derniers mots, et sort en disant : Non , je ne peux plus y tenir ; c'est trop familier ! Comme ces gens-la s'oublient !