JULIE, MARGUERITE, JEANNETON , MARIETTE
JULIE. — Ah! bon ! elle s'en est allée. Nous en serons plus libres. Il y a mille ans que vous n'étiez veuues, au moins.
Elle court à une commode, et en tire une boîte.
Tiens, ma nourrice, voila un bonnet et un mouchoir de soie , qui sont là depuis long-temps à t'altendre.
MARGUERITE. — Comment! vous songiez donc à moi? Mais c'est trop , beaucoup trop. (Elle s'essuie les yeux.)
JULIE. — Prends, prends toujours. Et toi , ma chère sœur Mariette , voilà ce que je te donne, un petit cœur d'or. Tu le porteras à ton cou pour te souvenir de moi,
MARIETTE, ûvec un soupir. — Ah ! je n'en avais pas besoin pour cela. Je pense toujours à vous, et je vous aime toujours, mademoiselle.
CHOIX DE LECTURES
JULIE. — Encore des demoiselles! Je vais te reprendre ce petit cadeau , et je lie te regarde plus, si tu ne m'appelles pas ta sœur Julie.
MARIETTE. — Oli ! je n'oscrais jamais.
JULIE. — Et moi, je le veux. Allons, embrasse-moi. Et toi , ma pauvre Jeanneton, attends, il faut que je te cherche aussi quelque chose. Bon ! voici une petite croix d'argent avec des pierres de couleur. Une autre fois, je te donnerai quelque chose de mieux.
JEANNETOX. — Mais je ne suis pas votre sœur de lait, moi?
JULIE, — Qu'importe? je te le donne.
JEAXNETOiv. — Je le prends, puisque vous me l'ordonnez, et je vous en remercie.
MARGUERITE. — Le cœur me baigne de joie! 0 ma chère enfant, cela me fait oublier la mauvaise réception que nous venons d'essuyer !
JULIE. — Et de qui donc , ma bonne nourrice ?
MARGUERITE. — Si VOUS avicz vu comme votre sœur nous a traitées ! La plus haute dame ne nous aurait pas reçues avec tant de fierté. Elle nous a rebutées, nous qui l'aimions tant! Non, je ne sais encore où j'en suis, et la pauvre Jeanneton n'en peut revenir.
JULIE. — I\on , non , Marguerite ; ma sœur n'est pas si méchante que tu le dis ; et puis, si elle ne t'aime pas, moi je t'aimerai pour nous deux, et tu n'y perdras rien. Sois tranquille, Jeanneton; je veux être aussi ta sœur. Oh I comme je suis aise de vous revoir! (Elle saule de joie autour de la chambre. )