‹ Œuvres complètes de BerquinChapitre 3 sur 197 · PAULINE · texte numérisé non relu

PAULINE

PAULINE. — Maman , pourquoi faut-il donc que les enfans obéissent aux grandes personnes ?

M.""" DE VERTELIL. — C'cst que IcS

enfans ne savent pas encore ce qui peut leur faire du bien ou du mal , et quil leur arriverait à chaque instant des accidens fâcheux , si les grandes personnes qui les entourent n'étaient sans cesse occupées a les en garantir. Ne te souvienstu pas de ce qui arriva l'autre jour au pauvre Alexandre, pour avoir voulu jouer avec la bougie ?

PAULINE. — Oui , maman , je me le rappelle très-bien.

M."^ DE VERTEUIL. — La petite flamme lui paraissait si jolie , qu'il voulut la toucher. J'eus beau lui dire que cela lui ferait du mal . Alexandre ne fut pas obéissant : et qu'en arriva-t-il ?

PAULINE. — 11 prit la flamme dans ses petites mains et il se brûla. Le pauvre Alexandre ! je crois encore lentendre crier.

M.™* DE VERTEUIL. — N"aurait-il pas mieux valu pour lui qu'il m'eût obéi ?

PAULINE. — Oh ! sans doute , maman.

M™* DE VERTEUIL. — Voil'a pourquoï les enfans doivent toujours obéir aux grandes personnes. Ils doivent être bien sûrs que lorsqu'on leur défend quelque chose , c'est que l'on sait que cela peut leur faire du mal.

PAULINE. — Et comment les grandes personnes peuvent-elles le savoir ?

j^me jjg VERTEUIL. — C'cst quc lorsqu'elles étaient petites , elles l'ont appris de leur papa . de leur maman , ou de leur bonne. Elles se souviennent que toulesles fois quelles n'ont pas voulu les en croire, elles ont eu sujet de s'en repentir.

PAULINE. — Oh ! c'est bon , maman :

ce que vous me dites la, je le dirai un jour a mes enfans.

jjme pg VERTEUIL. — En attendant , veux-tu que je te dise encore pourquoi tu dois obéir aux personnes plus âgées que toi?

PAULINE. — Oui , maman ; vous me ferez plaisir.

m""^ DE VERTEUIL. — Dis-moï, pourraistu préparer toi-même ton dîner et ton souper ?

PAULINE. — Non , maman , je ne suis pas assez bonne cuisinière.

LE LIVRE DE FAMILLE

m""* de verteuil. — Et saurais -tu faire tes habits ?

PAHLiNE. — Commeut pourrais-je en venir à bout ? je ne sais pas encore manier l'aiguille.

jjme pj, vERTECiL. — Mais à préscnt que tes habits sont faits , saurais-tu t'habiller toute seule ?

PADLi.NE. — Oh ! non , certes ; je serais bien embarrassée sans le secours de Nanette.

M™^DE VERTECIL. — Et lorsquc tu vas à la promenade , ne faut-il pas que je te donne la main pour empêcher qu'il ne t'arrive aucun accident ?

PAULINE. — Oh ! oui ; car autrement les voitures m'auraient iDientôt écrasée.

M™* DE VERTEDIL. — Tu VOis doUC CU

combien de choses tu as besoin des grandes personnes !

PADLiNE. — 11 est vrai.

M™^ DE VERTEUIL. — Mais toi , peuxtu faire quelque chose pour elles ? Pourrais-tu , par exemple , repasser le linge pour Nanette , qui prend tous les jours la peine de t'habiller et de te déshabiller ? Saurais-tu éplucher les herbes pour la cuisinière qui t'apprête a manger ? As-tu de l'argent 'a donner à la couturière qui fait les habits ? Rends-tu le moindre service a ton papa, qui donne cet argent pour toi? Serais-tucapable, enfin, de me soigner dans mes maladies comme je te soigne dans les tiennes ?

PACLi.NE. — Non , maman.

jjme pE VERTEUIL. — Tu vois combicu de choses ton papa , ta maman , Nanette , la couturière , la cuisinière , en un mot , toutes les grandes personnes , peuvent faire pour toi. Tu vois en môme temps que tu ne peux rien faire à ton tour pour elles.

PAULINE. — Cela est vrai, maman :

je suis encore trop petite.

M™* DE VERTEUIL. — Il cst Cependant une chose que tu peux faire pour nous.

PAULINE. — Eh ! quoi donc , je vous prie?

M™* DE VERTEUIL. — C'cst qu'eu étant douce et obéissante, tu peux nous soulager de la peine que nous prenons à veiller continuellement sur toi. Par exemple , lorsque Nanette te dit : Ne touchez pas le flambeau , et que , malgré cela , tu t'obstines 'a le prendre , il faut que Nanette se détourne de son ouvrage pour tirer le flambeau de tes mains , afin que tu ne mettes pas le feu 'a la maison. Lorsqu'elle te dit : Ne tourmentez pas votre petit frère, et que tu continues aie tirailler, il faut qu'elle se détourne encore de son ouvrage pour éloigner ton petit frère de toi , afin que tu ne le fasses plus crier. Lorsqu'elle te dit : Ne descendez pas l'escalier si vite , et que tu n'en vas que plus étourdiment , il faut qu'elle se détourne une troisième fois de sou ouvrage pour aller te prendre par la main , et t'empêcher de te casser la tête en dégringolant du haut en bas, comme cela ne manquerait pas de t'arriver. Tout cela n'est-il pas bien fatigant pour Nanette ? PAULINE. — Oui , maman. Aussi me gronde-t-elle d'une bonne façon.

jjme pj, VERTEUIL. — Il le faut bicu ; et si tu refusais plus long-temps de lui i)béir, elle serait enfin obligée de te dire : Écoutez , mon enfant , puisque vous ne voulez pas rester tranquille , et que parlà vous m'empêchez de faire ma besogne , vous aurez la bonté de faire vous-même toutes les choses dont vous avez besoin. Lorsque vous viendrez me prier de vous mettre au lit , je ne pourrai pas le faire , parce que j'aurai mon ouvrage à finir : c'est ainsi que parlerait Nanette. Que ferais-tu alors ? Est-ce que tu saurais te déshabiller ?

PAULINE. — Non, maman.

M™* DE VERTEUIL. — TU VOis doUC qUC

si les enfans ne peuvent rien faire sans le secours des grandes personnes, ils doivent

LK LIVUL DE FAMII-LB.

être toujours disposés à leur obéir pour ménager leur peine ; autrement ils méritent qu'on les alondonne à eux-mêmes pour se tirer d'affaire comme ils l'entendront.

PAULINE. — Cela me paraît fort juste.

M""* DE vERTEi IL. — Ce n'est pas tout : il est encore une autre chose a considérer.

PAULINE. — Voyons, maman.

jjme jjg vERïEuiL. — Lcs graudcs personnes ne sont-elles pas plus fortes que les enfans? Nanette, par exemple , nat-elle pas plus de force que loi ?

PAULINE. — Oh ! sans doute.

jjme jjg VERTEUIL. — C cst par-là que les grandes personnes sont en état de donner leurs secours aux enfans; mais, par la même raison , elles sont aussi en état de forcer les enfans a faire ce qu'elles leur disent. Lorsque Nanette

t'appelle , et que tu ne vas pas la trouver, que fait-elle?

PAULINE. — Elle se lève, et vient me prendre par le bras.

M*"* DE VERTEUIL, — Et lorsqu'elle te tient , peux-tu l'empêcher de l'entraîner?

PAULINE. — Non , maman.

M™* DE VERTEUIL. — Ne vaut-il pas mieux obéir de bonne grâce que de te faire traîner de force , et d'être encore grondée par-dessus le marché ? A quoi te sert ton obstination ? Tu as beau crier et trépigner : tout ce que (u peux faire est inutile : il me semble qu'il vaudrait bien mieux t'en épargner le chagrin et la honte.

PAULINE. — Oui , maman , cela serait beaucoup plus raisonnable ; et toute petite que je suis , j'espère que je serai bientôt une grande personne pour la raison.

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