‹ Œuvres complètes de BerquinChapitre 4 sur 197 · LA JUSTICE · texte numérisé non relu

LA JUSTICE

PREMIÈRE JOUKNEE.

M. DE PALMY, CHARLES , AUGUSTE , PAULIN , ses enfans.

M. DE PALMY. — Charles, Auguste, Paulin , venez , mes chers enfans , venez.

CHARLES , en s' avançant avec les autres. — Que nous voulez-vous, mon papa?

M. DE PALAiy. — Vous scFCz charmés de l'apprendre, je vous en réponds.

Commençons par le plus grand. Tiens , Charles , voici nn cheval que je te donne;

il est pour toi seul, euLends-tu? c'est-hdire que toi seul tu peux désormais en faire ce que tu voudras.

CHARLES. — 0 mon papa , je vous remercie. Nous allons faire bien des courses ensemble.

M. DE PALMY. — AugUStC, 3 lOU lOUr.

Voici une brouette ; elle n'est que pour toi ; tu auras seul le droit de t'en servir. AUGUSTE. — Grand merci , mon papa; elle ne restera pas sous la remise. Ce sera pour voiturer tout ce qui vient dans mon jardin.

LE LIVRÉ DE FAMILLE

M. DE PALMY. — C'est à merveille. Et loi, Paulin, approche, mon ami: voici un carrosse; toi seul tu en es le maître.

PAULIN. — 0 mon papa, quil est joli ! Je vous remercie de tout mon cœur : je cours l'essayer.

M. DE PALMY. — Attendez, attendez, mes chers enfans ; j'ai encore un mot essentiel à vous dire. Si vous voulez vous faire aimer les uns des autres , il faudra quelquefois vous prêter tour à tour vos joujoux ; car de bons frères doivent être toujours prêts a s'obliger ; de cette manière , vos amusemens seront plus variés et vos cœurs plus joyeux. N'est-il pas vrai , Charles ? C'est a toi que je le demande.

CHARLES. — Je suis de votre avis, mon papa.

M. DE PALMY. — Sais-tu pourquoi je viens de te faire cette question?

CHARLES. — Oh ! je m'en doute à peu près.

M. DE PALMY. — Voyons ce que tu penses ; je veux le savoir.

CHARLES. — C'est que vous étiez hier dans le jardin, lorsque j'y jouais avec Auguste. Il me pria de lui prêter mon fouet; je n'en voulus rien faire ; mon refus lui donna de l'himieur, et notre partie fut rompue.

M. DE PALMY. — Je suis bicD aise que tu t'en souviennes. Voilà ce qui ne manque jamais d'arriver lorsque les enfans n'ont pas de complaisance entre eux. C'est pourquoi il faut que vous soyez toujours disposés à vous prêter mutuellement vos joujoux ; mais vous ne devez jamais vous les prendre l'un à l'autre. Toi , Charles , tu n'as aucun droit ni sur la brouette d'Auguste, ni sur le carrosse de Paulin ; ainsi tu ne dois point les prendre , sans avoir d'abord demandé à tes frères s'ils veulent bien te les prêter. Sïls te les prêtent, c'est à merveille: tu peux t'en servir jusqu'à ce qu'ils fe les redeman-

dent ; mais alors il faut les leur rendre de bonne grâce , puisqu'ils en sont les maîtres. Comprends-tu bien, mon fils?

CHARLES. — Oui, mon papa.

M. DE PALMY. — Et toi aussi, Auguste; tu ne dois prendre ni le carrosse de Paulin, ni le cheval de Charles, s'ils ne veulent pas te les prêter. Chacun est maître de son bien.

AUGUSTE. Oui , mon papa ; cela est juste.

M. DE PALMY. — EuGn , toi , Paulin , tu ne dois pas plus toucher aux joujoux de tes frères sans leur permission , qu'ils ne peuvent toucher aux tiens. Chacun de vous n'a droit que sur ce que je lui ai donné pour lui seul. Maintenant que vous voilà bien instruits, allez jouer sous les arbres , et songez à vous bien accorder.

TOUS ENSEMBLE. — Oui , OUi , OUi ,

mon papa.

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