M. PE VERTEUIL , ADRIEN , PAULINE
M. DE VEKTEUiL. — Regarde, Adrien, comme la petite sœur s'est joliment tapie dans ce coin, pour se réchauffer au soleil.
PAULINE. — Oh ! il fait très-bon ici , mon papa , je vous assure.
ADRIEN. — La voilà bien attrapée; le soleil a disparu.
l'.vuLi.NE. — C'est bien dommage. D'où cela vient-il donc, mon papa?
M. DE VERTEUIL. — \iens ici à la fenêtre, et tu en sauras la raison. Vois-lu ce grand nuage blauc qui court dans les airs?
PAULINE. — Oui , mon papa.
M. DE VERTEUIL. — Kli bien . Pauline,
LK I.IVIIK DE FAMII.I.f:.
le soleil est ià derrière, comme derrière un rideau. C'est pour cela que tu ne peux pas le voir; mais lorsque le nuage aura couru plus loin , ce sera comme si le rideau avait été tiré , et alors tu verras le soleil reparaître. Tiens, voiladéja le nuage qui s'éloigne peu a peu , et le soleil qui se montre de nouveau.
ADKiEN. — De quoi est donc fait un nuage, mon papa?
PAULINE. — Je voudrais bien le savoir aussi.
M. DE vERTEUiL. — Vencz tous dcux auprès de la table , je vais vous l'expliquer. {Adrien etPauime s' approchent de latable. M. de Verteiùi levé le couvercle d'une bouilloire qui est mr un réchaud.) Voyez-vous cette fumée qui sort de la bouilloire? Cherche dans ta mémoire, Pauline ; tu dois savoir ce que c'est.
PAULINE. — Oli! oui, mou papa; je me le rappelle. C'est une vapeur comme celle qui sort de ma bouche, et celle qui s'élevait l'autre jour de la tasse.
M. DE VERTEUIL. — Tu t'en souvicus à merveille. Cette fumée n'est autre chose que de 1 eau , qui , par la grande chaleur du feu placé sous la bouilloire, s'élève en vapeur. Lorsqu'une vapeur est arrêtée par quelque chose , et qu'ainsi elle peut se rassembler , s'épaissir et se refroidir, cette vapeur devient de l'eau ; mais lorsque rien ne l'arrête, et qu'ainsi elle ne peut passe rassembler, s'épaissir et se refroidir, alors elle se disperse et se perd dans l'air, comme fait 'a présent la vapeur qui s'élève de la bouilloire , quand je ne tiens pas l'écuelle par-dessus.
Retournons maintenant à la fenêtre.
Voyez-vous cette terrasse qui règne le long de la maison ? Il y reste encore de l'eau de la pluie d'hier. Le soleil y darde ses rayons avec force. Regardez bien, et vous verrez qu'il s'en élève çà et là quelques vapeurs , comme celles de la bouilloire, mais qui ne sont pas aussi épaisses.
ADUiEN. — Effectivement, je les vois s'élever. Tiens, Pauline, regarde la-bas, vers le milieu ; les vois-tu?
PAULixNE. — Oui, oui; je les vois aussi, mon frère.
M. DE VERTEUIL. — Eh bien , mes enfans, ces vapeurs s'élèvent de la même manière que celles de l'eau bouillante. Le soleil échauffe l'eau répandue sur la terrasse , comme le feu échauffe l'eau renfermée dans la bouilloire. Tu sais, Pauline, combien le soleil donne de chaleur?
PAULLNE. — Oh! oui , mou papa; je le sentais bien tout a l'heure, dans mon petit coin, lorsqu'il donnait sur moi.
M. DE VERTEUIL. — Il échauffc de même l'eau répandue sur la terrasse ; c'est pourquoi elle fume et s'élève en vapeurs, comme celle de la bouilloire. Tiens, vois-lu comme le soleil donne aussi labas sur l'eau qui est dans le fossé?
PAULixE. — Oui, mon papa.
M. DE VERTEUIL. — Cette cau doit donc s'élever aussi en vapeurs ; mais ces vapeurs sont moins épaisses que celles qui s'élèvent de l'eau répandue sur la terrasse .
ADRIEN. — Et pourquoi donc , mon papa?
M. DE VERTEUIL. — Il n'y 3 qu'uu peu d'eau sur la terrasse; ainsi cette eau a pu s'échauffer aisément. Mais dans le fossé il y a beaucoup d'eau; ainsi cette eau n'a pu s'échauffer aussi vite. Tu as pu observer à la cuisine, qu'il fallait beaucoup moins de temps pour faire bouillir un peu d'eau dans une petite bouilloire, q'ie pour faire bouillir beaucoup d'eau dans un grand chaudron.
ADRIEN. — 11 est vrai, mon papa.
M. DE VERTEUIL. — 11 UC faut dOOC paS
s'étonner que l'eau du fossé ne donne pas des vapeurs aussi épaisses que celles de la terrasse ; et c'est la raison pour laquelle tu ne peux voir les vapeurs qui s élèvent de l'eau du fossé.
PAULINE. — Mais, mon papa, caiu-
LIi LIVRE DK FA.MJLLK.
inenl sail-oii qu'il s'élève dos vapeurs de Tcau du fossé, [juisqu'oii ne les voit pas? M. Dii VERIELIL. — Purcc quc loii a observé que les fossés, les \iviers el les autres grauds amas deau sépuiseul peu à peu s'ils ne reçoivent de l'eau nouvelle. Mais savez-vous ce que nous avons à faire pour que vous puissiez vous eu convaincre par vos propres yeux?
AURiLN. — iîli, quoi doue, mou papa?
M. DE vERTELiL. — -Nous allous faire niellre un grand baquet près du fossé ou dans le jardin, et nous y verserons de Teau jusqu'au bord, tant qu'il ne puisse pas y en eutrer davantage. Nous laisserons ensuite reposer celle eau pendant quelques jonrs sans y en ajouter de nouvelle, lin regardant dès demain dans le baquet , vous verrez qu'il ne sera plus exaclcmcnt rempli jusqu au bord , mais quil y aura un peu moins doauquaujourdbui. Aprèsdemain il y en aura moius encore, et moins encore le jour suivant, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'il devienne absolument vide; pourvu cependant qu'il ne vienne pas à pleuvoir dans cet intervalle; car vous sentez 'a merveille que la pluie y ferait entrer de nouvelle eau.
ADRiE.v. — Je serai bien aise de faire celle ex)iérience.
M. UE VERTELIL. — Nous pourrous la commencer aujourd'hui même , et nous irons voir tous les jours combien il s'est évaporé de l'eau du baquet. Mais, dismoi , Pauline, lorsque tu as laissé tomber de l'e.m sur le fourreau de ta poupée, ou que tu viens de le laver, que fais-tu pour le faire sécher?
PAULINE. — Je le donne à Nanclte qui l'expose devant le feu, ou qui le met au soleil.
M. DE VERTEUIL. — Et alors le fourreau sèche, n'est-il pas vrai?
PAULINE. — Oui bien, mon papa.
M. DE VERTEUIL. — Et pcudaul qu il séchait, ne l'as-tu jamais vu fumer?
PAULINE. — Oh ! pardonnez-moi , lorsque l'ardeur du feu ou celle du soleil était bien forte.
M. UE VERTEUIL. — C'cst qu'alors il sortait du fourreau tant de vapeurs à la fois, que tu pouvais les voir; mais lorsque le feu était petit, ou que le soleil n'était pas bien ardent, voyais-tu sortir les vapeurs?
PAULINE. — Non, mon papa.
M. DE VERTEUIL. — Cependant le fourreau n'en séchait pas moius 'a la longue. PAULINE. — Oh ! sans doute.
M. DE VERTEUIL. — ïu compreuds donc que l'eau s'évaporait alors, quoique tu ne visses pas la vapeur; mais lorsqu'il n'y avait ni feu ni soleil, el que Nanette se contentait de suspendre le fourreau en plein air, ce fourreau ne parvenait il pas enhn a sécher, quoiqu'il lui fallût plus de temps?
PAULINE. — Oui, mou papa.
M. DE VERTEUIL. — Aiusi donc la seulc chaleur de l'air sufOt pour faire évaporer l'eau de tout ce qui est humide. Mais savez-vous ce que deviennent toutes les vapeurs qui s'élèvent, soit de la terrasse, soit du fossé, soit du fourreau de la poupée de Pauline , soit enfin de tout ce qui est humide sur la terre?
ADRIEN. — rs'on , mon papa.
M. DE VERTEUIL. — Elles s'élèvent dans lair , et là elles se rassemblent , et restent suspendues. C'est ce qui forme les nuages.
PAULINE. — Quoi, mon papa, ce gros nuage qui est là-haut , n'est formé que de vapeurs?
M. DE VERTEUIL. — Nou , ma fille.
Mais c'en est assez pour aujourd'hui sur cette matière : nous la reprendrons dans un autre entretien.