LES VAPEURS
M. DE VERTEUIL , PAULINE, sa fille.
PAULINE. — ^lon papa, voulez-vous me permettre de monter sur cette banquette, près de la croisée? Je n'ouvrirai pas la fenêtre; je ne veux que regarder dans la rue a travers les vitres.
M. DE VERTEUIL. — Je le vcux bicD , Pauline. Viens , je vais te poser moi-même sur la banquette. Tu peux m:iintenant voir passer les voitures et les belles dames qui sont dedans, comme si la fenêtre était ouverte.
PAULINE. — Il est vrai, mon papa.
{Après un moment de silence.) Mais, qu'est-ce donc? je ne vois plus rien à travers la vitre. Elle était si claire il n'y a qu'un moment ! D'où cela vient-il , je vous
M. DE VERTEUIL. — Cela vicut de ce que tu l'as obscurcie par ton haleine. Viens
devant cet autre carreau. Ne vois-tu pas bien clair au travers?
PAULINE. — Oui, mon papa.
M. DE VERTEUIL. — Ouvrc maintenant à demi la bouche en avançant les lèvres , et pousse ton haleine contre ce même carreau qui est encore si clair.
Vois-tu comme il a été tout do suite obscurci par la vapeur sortie de ta bouche?
PAULINE. — Il est vrai.
M. DE VERTEUIL. — Et Sais-tU CO qUU
c'est que cette vapeur?
PAULINE. — Oh ! non, du tout.
M. DE VERTEUIL. — C'est de l'eau chaude sortie de ta bouche avec l'air que tu as soufflé au-dehors. Tiens . je vais le faire moi-même, pour que tu voies mieux. Lorsque je pousse mou haleine contre cet'e vl'tre , elle se couvre d'une certaine quantité de vapeur. Si je souffle encore plus
l.K LIVHK DE FAMILLi:.
lorl ou plus long-lonips, coUc vapeur dcvieiil de plus ou plus épaisse , jusqu'à ce quellercdeviounede l'eau. Tiens, je vais iccomniencer. Vois-lu? Déjà il se forme de petites jioultos; déjà elles conimenceul à couler le long de la vitre. Les voilà toutes descendues; il ne reste plus de vapeur, el tu peux voir encore à travers cette même vitre, (jui était tout à llieure si trouble.
PAiLiNE. — 11 est vrai , mon papa.
M. DE vERTiuiL. — Tc voilà douc sùrc, l»ar tes yeux , qu'une vapeur est proprement de l'eau. Lorsque celte vapeur est légère, elle reste queicjue temps dans cet état, comme lu peux le voir sur cette vitre qui est devant toi; el alors il n'est pas possiljle de distiiiiiner par les yeux si c'est de l'eau. iMais louche-la du bout du doigt , lu sentiras bien qu'elle est lunnide. Si celte vapeur \ienl à s'épaissir, alors elle devient de l'eau ; et lorsque celle eau coule, il ne reste i)lus de vapeur. Hegarde encore. (// recommence l'opération.)
PAULINE. — Tout cela est vrai, mon papa.
M. DE VEKTELIL. — VcUX-tU qUC JC le
le fasse voir plus clairement encore avec une tasse d'eau bouillante?
PAULINE. — Oh ! voyons , je vous prie. (M. de Ycrleuil va chercher tmc tasse
avec V7U' soucoupe; il lersc de ieau l'ouillantc dans la lasse.)
M. DE vEKiKiiL. — Yois combicu il sort de vapeur de celle eau.
PAiLiNE. — Oui, mon papa, il en sort beaucoup.
M. DE vERTEuii,. — Ticus la main audessus, lu sentiras que cette vapeur est chaude, et en même temps humide.
PAULINE , préieninnl la main à la vapeur. — Oui, cela est vrai.
M. DE vEHTEuiL. — Tu vois qus cclte soucoupe est bien sèche; touche-s-y loimiMue. VAi bien , je vais l'exposer un momenl à la vapeur. Vois-tu comme elle est devenue promptemeni humide? Maintenant je vais la tenir exposée plus longtemps. Regarde , la vapeur conmience à s'épaissir au fond de la soucoupe. La voilà qui se forme déj'a en petites gouttes. Ces {jouîtes se rassemblent autour du bord.
Lu voici une près de tomber ; reçois-la sur ta main. Celte goutte est justement de l'eau , comme il y en a dans la tasse.
PAULi.NE. — Oui , c'est la même chose.
M. DE VERTEUIL. — Si lu sais retenir ce que je viens de te montrer, tu seras en état de comprendre des choses plus iuléressanles, que je veux l'expliquci' un autre jour.
PAULINE. — 0 mou papa ! je suis irapatienle do les apprendre.