‹ Œuvres complètes de BerquinChapitre 48 sur 197 · CONTE · texte numérisé non relu

CONTE

Un pauvre homme qui avait perdu la vue depuis plusieurs années, allait un soir sur le grand chemin , en tâtonnant avec son bâton. Que je suis malheureux, s'écriait-il , d'avoir été obligé de laisser mon pauvre petit chien malade au lof;is ! J'ai cru pouvoir me passer aujourd'hui de ce guide fidèle , pour aller au village prochain. Ah ! je sens mieux que jamais combien il m'est nécessaire. Voici la nuit qui s'approche ; ce n'est pas que j'y voie mieux pendant le jour, mais au moins je pouvais rencontrer à chaque instant quelqu'un sur ma route , pour me dire si j'étais dans le bon chemin ; au lieu qu'à présent je dois craindre de ne plus rencontrer personne. Je n'arriverai pas d'aujourd'hui à la ville , et mon pauvre petit chien m'attend pour souper. Ah ! comme

il va être chagrin de ne pas me voir !

A peine avait-il dit ces paroles , qu'il entendît quelqu'un se plaindre tout près de lui. Que je suis malheureux ! di.sait celui-ci ; je viens de me démettre le pied dans cette ornière; Il m'est impossible de l'appuyer 'a terre. 11 faudra que je passe ici toute la nuit sur le chemin. Que vont penser mes pauvres parens ?

Qui êtes-vous , s'écria l'aveugle, vous que j'entends pousser des plaintes si tristes ?

Hélas ! répondit le boiteux , je suis un pauvTe jeune homme à qui il vient d'arriver un cruel accident. Je revenais tout seul du village voisin ; je me suis démis le pied , et me voilà condamné à coucher dans la boue.

l'aveugle. — J'en suis bien fâché,

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