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M. i>E VKRTELiL. — CVrI ce qili fit r('mt.'\((ii- l'iilir de liictclKT f|uelijiio ii.oM'ii (|iii [lui alux'scr les négociai ious cl iiMitlrc les uiïaires plus aisées à con- < lilte.
AURiEN. — Fl eotiiuient les hommes tidsivèreiit-ils co moyen, mou papa?
M. lu: Ai,KTELii.. — Après avoir fail >- i!s doute un nombre inlini d'opérations irès-conipliquées , ils en vinrent enfin à celte idée bien simple : Nous n'avons qu'à trouver une chose qui puisse être le si^ne représentatif de toutes les valeurs. Ils imaginèrent doncla monnaie , c'està-dire les petites pièces d'or . d'argent et de cuivre, sur lesquelles on empreint, dans chaque état monarchique . le nom, la litrure et les armoiries du chef de la nation , et dans d'autres pays, les armoiries seulement . accompagnées d'une inscription ou d'une marque quelconque.
AORiEN. — Ah ! je commence à comprendre.
M. UE vERTECiL. — Tu connaïs toutes les pièces de monnaie qui ont cours eu France; les louis, les éciis , les sons, etc. : lu sais aussi quelle est la valeur de ces pièces a l'éuard des autres? Tu sais . par exemple, que cinq pièces de douze sous valent autant qu'un petit écu?
ADRIEN. — Oh! oui, mon papa: je sais tout cela 'a merveille. Ce que je ne comjirends pas bien encore, c'est comment celte monnaie est le signe représentatif de toutes les valeurs.
M. DE VERTELIL. — Te souvieus-tu que lorsque nous entrâmes hier dans une boutique, pour tacheter des gants, et que nous en demandâmes le prix , la marchande nous dit : Je les vends vingt-quatre sous , messieurs ; c'est un prix fait comme celui des petits pâtés ?
ADRIEN. — Oui, mon papa , je me le rappelle.
M. DE VERTELIL. — Tu Vois doDC. mOU
ami . qu'une pièce de \ingt-qualrc sous
est le si:ine représentatif de la valeur de ciiiiqiic paire de ;.'anls de la même grandeur et de la même qualité que les tiens, puisque tu peux en avoir autant de paires (jue lu voudras pour autant de pièces de vingt-quatre sous?
ADRIEN. — Oui , mou papa , je conçois à présent. De la même manière, un gros sou est le si;;ne représentatif de la valeur de chaque petit pâté.
M DE vERTEiiL. — A merveille, mon lils. Tu peux déjà voir en ceci même l'uu des avantages de l'inventiou de la monnaie. Car supposons qu'un pâtissier voulût avoir des gants pour un de ses lils qui serait de la taille, et qu'il ne voulût pas débourser d'argent, il pourrait aller chez la gantière, et lui dire : J'ai besoin |x»ur mon Ois d'une paire de gants de vingtquatre sous; voulez-vous me la donner pour ces vingt-quatre petits pâtés d'un sou que je vous apporte? Il ne serait plus question que de savoir si la gantière est assez friande de petits pâtés pour accepter cet échange: car le prix de chacun des objets étant bien déterminé par le moyen du signe représentatif de leur valeur, il ne pourrait y avoir de diflicuUé sur ce point.
ADRIEN. — Oui , cela est vrai , mon papa. C'est comme si le pâtissier avait dit à la gantière : Achetez- moi ces vingtqualre petits pâtés, et je vous achèterai une paire de gants. Cela est convenu ,
n'est-ce pas? Or. niainienant
.M. DE VERTELIL. — A merveille, Adrien, poursuis.
ADRIEN. — En achetant mes vingtquatre petits pâtés, qui coûtent un sou la pièce , vous devriez me donner une pièce de vingt-quatre sous; en achetant vos gants , qui sont du même prix , il faudrait que je vous rendisse votre pièce : il n'est donc pas nécessaire de mettre la main h la poche. Voilà mes petits pâtés, donnez-moi vos gants.
LE Ll\ au DE FAJIILLE.
M. DE VERTELIL, — C'cSt 00 llC peUt '
mieux, mon cher fils. Tu vois par-la que Ja monnaie est le signe représentatif de la valeur de toutes choses.
ADUiEN. — 11 n'est rien de si clair.
Mais, mon papa, quels sont les autres avantages de rinvention de la monnaie?
M. DE vERTEuiL. — Je vais te les dire, mon fils. Si j'avais besoin d'une mesure de blé, dune pièce de vin, ou d'un sac de laine, et qu'il n'y eût pas de monnaie, alors, comme nous le disions au commencement de cet entretien , je serais d'abord oblig<î de voir parmi les choses dont je puis me passer, si j'aurais de quoi me procurer en troc les choses qui me manquent ; il me faudrait ensuite courir de côié et d'autre pour trouver une personne à qui le troc pût convenir, et enfin m'accorder avec elle sur les conditions de l'échange; ce qui eutraîne , comme tu en es convenu , beaucoup dembarras et de difficultés.
ADRIEN. — 11 est vrai.
M. DE VERTEUIL. — Mais , depuis l'invention de la monnaie , je n'ai plus besoin de me donner tant de peine. Je n'ai qu'à vendre les objets que j'ai de trop, et que j'aurais proposés en échange ; avec cet argent je suis sûr d'avoir, quand je le voudrai , les choses que je désire , parce que les marchands de blé , de vin ou de laine, aimeront mieux , par la même raison, avoir de l'argent, que tout ce que j'aurais pu leur proposer en troc , parce qu'ils sont sûrs d'avoir à leur tour, pour l'argent que je leur donnerai, toutes les autres choses qu'ils voudront eux-mêmes acheter.
ADRIEN, — Cela me paraît clair.
M. DE VERTEUIL. — C'cst aussi par une suite de l'invention de la monnaie, qu'il s'est établi . dans toutes les villes et dans tous les villages , des magasins et des boutiques où l'on peu! trouver . pour de
l'argent, toutes les choses diverses que l'on désire, sans avoir besoin d'aller courir en mille endroits pour se les procurer. Ainsi, par exemple, moi qui demeure 'a la ville, je ne suis pas obligé de traverser les campagnes pour aller acheter du blé chez le laboureur, du vin chez le vigneron, et de la laine chez le berger. Je trouve ici, à ma porte, des marchands qui ont une grande provision de blé, de vin et de laine, et qui me les cèdent pour mon argent, au moment précis où je veux les avoir, et de la qualité que je les désire,
ADRIEN. — Mais, dites-moi, je vous prie, comment les marchands gagnent-ils à cela? Je conçois sans peine que les gens de la campagne trouvent du profit à vendre le blé qu'ils ont moissonné, le vin qu'ils ont tiré de leurs vendanges , la laine qu'ils ont coupée sur le dos des moutons élevés dans leur bergerie ; mais les marchands qui vendent du blé, du vin et de la laine , ne les ont pas recueillis euxmêmes ?
M. DE VERTEUIL. — NoD , sans doutc ; mais ils sont allés acheter ces denrées chez les paysans, et ils les revendent aux gens de la ville un peu plus cher qu'elles ne leur ont coûté. Ce surplus fait leur juste profit; car il faut bien qu'ils soient payés de la peine qu'ils ont prise de courir pour faire leurs emplettes, du soin qu'ils prennent de ces marchandises dans leur magasin, et de l'embarras qu'ils ont de les détailler quelquefois par de très-petites portions. Tout cela les occupe tellement qu'ils n'ont pas le temps de travailler de leurs mains pour gagner de quoi vivre; et c'est par le seul gain qu'ils font sur celte vente qu'ils peuvent soutenir les dépenses de leur maison et élever leurs enfans.
ADRIEN. — l\Iais , mon papa, nepuisje pas aller moi-même chez les gens de la campagne , acheter le blé , le vin et la laine dont j'ai besoin pour mon usage,
LE LIVKE DU FAMILLE
comme le marchand va les acheter pour les revendre?
M. DE VERTELiL. — Oui , Vraiment , rien ne t'en empêche.
AUKiE.N. — Alors je n'aurai plus be- .soin de passer par ses mains ; et j'aurai les choses à meilleur marché, puisque je ne les paierai pas plus que lui.
M. nE vEiiTECiL. — Oh ! voilà où je l'arrête.
ADiJiEN. — Et comment , s'il vous plaît?
M. i)K VEKTEUiL. — Tu dois nécessairement les payer plus cher, car les marcliauds qui vont faire leurs emplettes daus les campagnes, achètent en gros au paysan son blé, son vin et la dépouille de ses troupeaux. Or, le paysan trouve plus d'un avantage à se défaire de tout cela à la fois.
ADRIEN. — Et quels sont ces avantages, je vous prie?
M. DE VERTEUIL. — D'abord, pour son blé, il se délivre de la peine de le remuer de temps en temps dans son grenier , pour empêcher qu'il ne se gâte , et de la crainte de le perdre en tout ou en partie, soit par les vers ou les rats qui le dévorent, soit par les incendies qui arrivent si fréquemment dans les villages ; ensuite, pour son vin , il épargne ce qu'il lui en coûterait pour le nourrir dans ses tonneaux , et il n'a plus à craindre d'essuyer une grosse perte, si le vin venait à tourner ou à s'aigrir : enfin , pour ses laines , il n'a plus à les battre et à les mettre à l'air pour empêcher qu'elles ne s'allèrent.
ADRIEN. — Vraiment, voilà bien des peines et des inquiétudes de moins.
M. DE VERTEDIL. — Toutcs ces Considérations l'engagent à vendre ces denrées aux marchands qui les lui achètent toutes à la fois , et à les leur céder à beaucoup meilleur marché qu'il ne le ferait à toi ou à d'autres qui iraient les lui acheter en détail, d'autant mieux que, touchant à la fois une assez fort* somme , il voit mieux
l'usage qu'il en peut faire pour faire prospérer de plus en plus sa culture.
ADRIEN. — Oui, en effet, ces raisons me paraissent fort bonnes.
M. DE VERTEUIL. — Ce u'cst pas tout encore. Quand le paysan te vendrait en détail quelque partie de ses denrées au même prix qu'il les vend en bloc aux marchands, tu perdrais encore à ne pas les acheter un peu plus cher chez ceux-ci.
ADRIEN. — Et pourquoi donc , s'il vous plaît?
M. DE VERTEUIL. — C'est qu'il faudrait te détourner de tes affaires, pour aller faire tes emplettes à la campagne, et ainsi perdre un temps qui peut être précieux, et dépenser de l'argent à louer des chevaux et une voiture; en sorte que, tout balancé , il t'en coûte moins cher daller chez le marchand, et de lui donner quelque proflt pour l'avantage que tu as de trouver chez lui, quand tu le désires, les choses dont lu as besoin , et de pouvoir faire ton choix pour le prix et pour la qualité.
ADRIEN. — Oui , je vois que l'on gagne amplement d'un côté ce que l'on perd de l'autre.
M. DE VERTEDIL. — Ce que je t'ai dit du blé, du vin et de la laine, s'étend à toutes les espèces de choses que l'on appelle marchandises, soitqueles marchands les tirent du pays même, soit qu'ils les fassent venir des pays étrangers : en sorte qu'il n'est rien , dans une ville comme celle-ci , qu'il ne soit facile de se procurer dès que l'on en a besoin.
ADRIEN. — Voilà qui est fort commode ; mais les marchands ne peuvent-ils pas profiter de cela pour vous vendre les choses au prix qu'ils veulent?
M. DE VERTEUIL. — Nou , mou ami; il y a toujours dans chaque ville plusieurs marchands qui vendent les mêmes objets : ainsi donc , si l'un d'eux voulait faire sur
LE IJVnii Dli FAMILLK.
fa iiiareliandise plus de profit qu'il no doit, tous les aclieteurs se détourneraient de sou magasin , pour aller dans un autre où l'on se contenterait d'un profit raisonnable. C'est ce qui fait qu'un marchand n'ose pas demander pJus que ses con-
frères , de peur que l'on ne vienne plus acheter chez lui, ce qui l'aurait bientôt ruiné. 11 suffit donc d'un seul pour arrêter l'avidité de tous les autres; et le prix de chaque chose s'établit sur un taux juste et modéré.