‹ Œuvres complètes de BerquinChapitre 52 sur 197 · MONNAIE, COMMERCE, MARCHANDS · texte numérisé non relu

MONNAIE, COMMERCE, MARCHANDS

M. DE VERTEUIL, ADRIEN , son fils.

M. DE vERTECiL. — Dans rentrelieii que nous eûmes l'autre jour , mon cher Adrien , nous demeurâmes bien convaincus, par nos réflexions, que nul homme n'est en état de faire seul toutes les choses qui lui sont nécessaires pour remplir ses besoins; qu'il faut en conséquence que celui-ci se charge d'une partie et celui-là d'une autre, afin qu'ils puissent tous se j)rocurer de la manière la plus commode , la plus sûre et la plus abondante, toutes leurs nécessités. T'en souviens-tu encore?

ADRIEN. — Oh ! oui , mon papa , je n'ai eu garde de l'oublier.

M. DE VERTEUIL. — Nous vîmcs ensuite que pour que chacun pût vivre de son état, il fallait quêtons eussent besoin mutuellement du fruit de leurs travaux ; le tailleur, par exemple, des grains du paysan ; le paysan , à son tour, des habits du tailleur, et ainsi des autres.

ADRIEN. — Je me le rappelle aussi. Je voulais môme qu'ils troquassent ensemble , comme je troque de mes ouvrages avec ceux de mes sœurs.

M. DE VERTEUIL. — Il Bst vrai ; et je te dis , à cette occasion , que les hommes avaient imaginé un moyen encore plus commode. Je promis de te faire connaître ce moyen : le voici : Dans l'enfance des sociétés, les hommes ont commencé par faire ce que vous faites vous-mêmes , toi et tes sœurs , dans votre enfance , c'est-àdire par faire ensemble des échanges .

pour se procurer mutuellement ce qui leur manquait. Celui, par exemple, qui possédait plus de moutons qu'il ne lui en fallait pour son usage, mais qui, en re-

\ anche, n'avait pas assez de grain, était oblige d'aller de tous côtés chercher quelqu'un qui eût du grain de reste, et de lui demander s'il voulait lui en donner un sac pour un ou deux moutons.

ADRiKN — Voilà précisément ce que je fais . lorsque j'ai quelque dessins de trop, et qu'il me manque une bourse ou des jarretières.

M. DE AERTEUiL. — Si Thommc au grain était content de cette proposition , il donnait de son blé. recevait un ou deux moutons en échange, et l'affaire était ainsi terminée Mais il pouvait arriver que celui qui avait trop de grain eût assez de moutons , ou qu'il ne se souciât pas d'en avoir. Alors il fallait que l'honinie aux moutons allât s'adresser successivement aux autres personnes, jusqu'à ce qu'enfin il en trouvât une qui eût trop de grain , et qui voulût justement échanger contre des moutons ce superflu.

ADRIEN. — Cela commence à devenir embarrassant.

M. DE VERTEUIL. — Tous CCS échanges, comme tu le vois , coûtaient beaucoup de soins et de peines. Ils ne pouvaient même quelquefois s'effectuer , soit parce que l'on ne s'accordait pas sur la mesure du blé qui pouvait répondre à la valeur d'un mouton , soit parce qu'il s'élevait eucoredeplus grandes difticuUés, lorsqu'il était question d'échanges d'une autre nature , comme par exemple du troc de quelque service, ou de quelques journées de travail, contre un agneau ou un insirument de labourage.

ADRIEN. — Je vois là bien du temps de perdu , et peut-être même que la chicane va s'en mêler.

Kr.

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