QUATRIEME JOURNEE
»i. DE PALMY. — Allons , mcs enfans , je vais me promener. Quels sont les deux parmi vous qui doivent me suivre ?
CHARLES et AUGUSTE. — C'cst notrc tour, mon papa , c'est notre tour.
M. DE PALMY. — Etes-vous d'accord entre vous trois ?
CHARLES. — Paulin sait bien que je suis resté hier a la maison.
ACGUSTE. — Et moi avant-hier.
M. DE PALMY. — Aiusi donc , c'cst à lui de rester aujourd'hui.
PAULIN. — Oui , mon cher papa , cela est vrai. Mais, mon cher Auguste , névnn-
drais-tu pas rester à ma place? Je meurs aujourd hui d'envie de me promener.
Tiens, si tu veux me céder ton tour, je te donnerai cette jolie toupie que je prêtai hier à mon cousin pour jouer avec toi.
AUGUSTE. — A la bonne heure , je resterai 'a ta place. Où est la toupie?
PAULIN. — Mon cousin ne me l'a pas encore rendue. 11 doit me la rapporter co soir, et je te promets que je te la donnerai tout de suite.
AUGUSTE. — Oh! c'est une autre affaire. Donne-moi la toupie en ce moment, ou je garde mon tour de sortir.
PAULIN. — 0 mon cher Auguste! je
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ton prie. Je t'assure que je te la donnerai sitôt que mon cousin sera venu.
AUGUSTE. — Ce n'est pas là mon marciié. ( // tend la main. ) Je te l'ai déjà dit ; la toupie, ou je sors.
rAULi.v. — Je ne lai point a présent.
Comment pourrais-je te la donner?
AUGUSTE. — En ce cas, rien de fait.
Il faut que tu restes.
M. DE PALMY. — Mais , Auguste, puisque ton frère te promet sa toupie, n'est-ce pas comme s'il te la donnait effectivement? Tu l'auras toujours ce soir.
AUGUSTE. — Cela n'est pas si sûr que vous le croyez, mon papa. Il m'avait promis hier la pomme de son goûter pour une jolie fleur que je lui avais donnée , et lorsque je lui demandai la pomme, il me dit quïl venait de la manger,
PAULIN. — Eh bien, crois-tu que je mangerai la toupie?
AUGUSTE. — IN'on, mais tu la garderais ; et moi , je serais resté pour rien à la maison.
M. DE PALMY. — Si Ics choses sont ainsi, Paulin, Auguste n"a pas tort. Des que tu n'es pas fidèle à ta parole, tes promesses ne peuvent servir de rien. Ainsi tu ne dois pas être surpris que l'on refuse de se fier à toi. Peux-tu donner tout de suite la toupie à ton frère?
PAULix. — >.'on , mon papa; mon cousin Ta gardée pour toute la journée entière.
M. DE PALMY. — J'cu suis fâclié; mais je ne peux rien faire pour toi. Il faut que tu restes au logis. Celte leçon ne te sera pas inutile pour tenir une autre fois ta parole.
PAULIN. — Mais , mou papa
M. DE PALMY. — Tu u'as plus ricu à dire. <i'est moi qui ai à te dire encore une autre chose. Puisque tu ne donnas pas hier a ton frère la pomme que tu lui avais promise, il faudra la lui donner aujourd'hui. Tu sais bien qu"un père doit exercer- la
justice entre ses eufans , s'ils ne veulent pas être justes entre eux. Toutes les fois que tu as promis quelque chose qui t appartient, une pomme, une toupie, n'importe, alors cette chose te t'appartient plus; elle appartient à celui a qui tu l'as promise , parce qu'en vertu de ta promesse, tu luidonnessur cette cbosele droit que tu avais. Si la toupie était dans les mains en ce moment , fa la donnerais à Auguste , n'est-il pas vrai? et dès ce moment ne deviendrait-elle pas son bien?
PAULi.v. — Oui , mon papa.
M. DE PALMY. — Mais puisquo tu ne l'as pas à présent , et qu'ainsi tu ne peux pas la livrer , tu promets à ton frère de la lui remettre au premier moment où tu l'auras, et tu le pries de la regarder déjà comme en sa possession . et de faire pour toi comme s'il l'avait reçue, puisque sur ta seule promesse tu veux qu'il te cède réllement son lourde sortir?
PAULix. — Oui, mon papa; voilà bien notre marché.
M. DE PALMV. — Il faudrait donc que ton frère regardât ta promesse comme la chose elle-même, et cela ne peut être qu'autant qu'il se tiendrait sûr de ce que tu lui aurais promis. Or, je te demande à loi-même s'il peut compter que tu lui donnes aujourd'hui ta toupie, lorsqu'il se souvient que tu refusas hier de lui donner ta pomme?
PAULix. — Oui; mais, n)on papa , je promets à présent que je tiendrai ma promesse.
M. DE PALMV. — Et comment vcux-lu qu'il devine si tu la tiendraseffectivement ? Celui qui est connu pour manquer à sa parole , est comme celui qui est connu pour dire des mensonges : on ne croit pas un menteur, même lorsqu'il dit la vérité, parce que l'on ne peut jamais distinguer s'il la dit en ce moment : et l'on ne se fie pas à la parole de celui qui a pris l'habitude de la ronipie . même lorsqu'il serait
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décidé pour cette fois h la tenir, parce que l'oQ n'a aucun indice pour reconnaître la since'rité de cette résolution : or, n'estce pas une honte pour un garçon bien né comme toi , Paulin , que Ion ne fasse pas plus de cas de tes paroles que de celles d'un menteur déclaré ?
PAULIN. — 0 mon papa ! vous me faites sentir bien vivement ma faute.
M. DE PALMV. — Je suis charmé que tu la reconnaisses , aûn de t'en préserver à l'avenir. Lorsque tu auras acquis une réputation d'être fidèle 'a tes engagemens , alors on fera pour ta simple promesse ce que l'on ferait pour la chose elle-même ,
et je me ferai honneur d'être ton père ; mais si tu continuais à te faire un jeu de la parole , on ne voudrait plus se fier à tes protestations, même les plus solennelles , et moi je rougirais de te compter au nombre de mes enfans.
PAULIN. — 0 mon papa ! de quel malheur vous me menacez !
M. DE PALMV. — 11 ne tient qu'a toi de le prévenir.
PAULIN. — Oui, c'en est fait, mon papa; nia première promesse est de me corrifjer ; et je veux vous montrer, en tenant celle-ci , combien je serai désormais fidèle 'a toutes les autres.