SCÈNE IV
MARGUERITE, JEANNETTE
JEANNETTE , arrivant au moment oh Marguerite tient l'enfant dans ses bras.) — Ma mère , donne-le-moi a mon tour que je le caresse. {Elle le prend et l'embrasse. ) N'est-c^ pas , mon ami ; quand tu seras fort comme moi , tu travailleras aussi pour tes parens? Oh! tu verras comme je vais prendre soin de fa petite personne , pour que tu deviennes plus tôt grand et robuste. Tiens, nous sommes
occupées , il faut que tu ailles dormir un peu. {Elle le remet dans son berceau, tandis que Marguerite les regarde l'un et l'autre d'un œil où la tendresse et la joie percent àtravers quelques larm s. Jeannette revient vers Marguerite , et lui dit :) Ma mère . je viens de mettre le vin rafraîchir . prête-moi la clef de l'armoire pour avoir du linge et une camisole pour mon père. {Elle prend la clef et ouvre l'armoire.) 11 fait si chaud! Je crois le voir venir trempé de sueur , et mourant de fatigue.
MARGUERITE. — Ah ! sil a fait quelque chose de bon pour sa famille , il arrivera tout délassé.
JEANNETTE , refermant l'armoire . et posant du linge blanc sur une chaise. — Je le connais. C'est qu'il voudra tout de suite s'en aller aux champs. 11 n'y a jamais un moment de perdu avec lui.
MARGUERITE. — C'cst uuc bonnc leçon pour nous. Toi, par exemple, tu ferais bien de manger ton pain , pour aller à l'école quand tu auras embrassé ton père.
JEANNETTE. — A l'écolc? Oh! je n'y vais plus à présent.
MARGUERITE. — Qu'oscs-tu dire . Jeannette ? Est-ce que tu ne veux plus apprendre à lire et à écrire ? Va. mon enfant, à quelque nécessité que nous soyons réduits, j'espère que notre travail nous mettra toujours en état de te faire instruire. Je me retrancherais plutôt la moitié de mes besoins.
JEANNETTE. — Il n'y aura plus rien à dépenser pour cela. Est-ce que mou frère Valeritin ne lit pas aussi couramment que le magister au pupitre? C'est lui qui sera notre maître . 'a Louison et à moi. Il nous le disait ce matin : mes sœurs, vous savez que je me repose une demi-heure après le dîner, avant de retourner au travail? Eh bien , si vous voulez , pendant ce temps , je vous commencerai une leçon ; et le soir, a mon retour , je vous l'achèverai. Vous
UIBI.IorHliytl. UES \ILLACiE.S.
Il anroz qu'à vous bien appliquer, bientôt vous eu saurez autant que la plus forte éndiore du village. Nous devons couiinencer aujourd'hui , et lu verras.
MAïKiLEiuTK. —Comment, cette pensée est déjà venue à Valenlin?
jEA>.MiTTE. — Oui , ma mère , de luimême. Je ne m'avisais pas d'y songer, (./est moi , disoit-il , qui ai le plus coûté à nos parens, parce que je suis le plus •i;;«'. S'ilsavaient moins dépensé pour moi, ils auraient encore cet argent , et ils pourraient le dépenser pour mes sœurs. Ainsi donc, il faut (]ue je vous rende, autant que je pourrai , l'instruction que j'ai reçue, et (ju'ils uc sont plus en état de payer pour vous.
MABGL ERiTE. — Hélas ! pouvions-nous penser , en lui donnant des maîtres , que vous n'auriez pas un jour le nécessaire"? 11 nous eu a coûté un peu, il est vrai, pour le faire instruire; raaisj'en suis aiijourd'lmi bien contente. Cet argent n'a pas été mal employé. Valenlin est reconnaissant , et il cherche de son mieux a nous eu donner des preuves.
SCÎiNE V.
M ARGCERITTE, JEANNETTE, LOUISON.
LOLisoN, en sautant. — Le voici! le
voici !
MAUGLERiTE. — Qul veux-tu dire,