ACTE II
SŒM- PREMIERE.
THIBAUT, MARGUERITE
THIBAUT. — Non, tedis-je, Marguerite , nous n'avons rien à craindre du bailli. Je t'assure qu'il a une plus grande peur de moi dans ce moment , qu'il ne m'en fera jamais.
MARGUERITE. — A la bounc heure. Je sais que tu ne voudrais pas me tromper, quandce serait pour me rendre plus tranquille.
THIBAUT. — Rassure-toi donc. J'ai une bonne nouvelle à l'apprendre. Je croyais que Gervais avait perdu comme moi tout son bétail. Mais en donnant uu coup d'oeil à notre jardin , j'ai vu à travers la haie quatre belles vaches qui paissent là-bas dans sa prairie.
MARGUERITE. — Eh bien! mon ami?
THIBAUT. — C'est qti'il y a un accord entre nous, par lequel il me revient deux de ces bêtes.
MARGUERITE. — Et commcut donc?
THIBAUT. — Je vais te le dire. Lorsque la maladie commençait à se répandre sur nos bestiaux , je vis Gervais fort triste. Comme j'étais alors plus fortuné que lui , je lui promis de ne pas le laisser dans la peine. Il me remercia d'une manière si touchante de ma bonne volonté , que je voulus sur-le-champ lui en donner une preuve. Quoique mon troupeau fût plus nombreux que le sien , nous con-
vînmes que nous mettrions ensemble toutes nos bétes qui réchapperaient de la maladie , et que nous partagerions par égale moitié. J'étais alors bien loin de penser que cet arrangement ne diit pas tourner à son avantage. Aujourd'hui même je ne voudrais pas en profiter, s'il ne regardait que nous seuls. Mais je n'en suis plus le maître. Je me vois obligé de rassembler tout ce que j'ai au monde pour l'abandonner à monseigneur. Je me croirais coupable d'un vol, si je ne réclamais à son profit jusqu'à la moindre chose qui doit me revenir.
MARGUERITE. — Et as-tu VU Gcrvais depuis nos pertes?
THIBAUT. — Non ; mais tout à l'heure je lui ai dépêché notre fils George par la petite porte du jardin. Tiens , le voici déjà de retour.