‹ Œuvres complètes de BerquinChapitre 88 sur 197 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

THIBAUT, MARGUERITE , GERVAIS

thIbaut. — Tu as bien fait , Gervais, de venir toi-même. Je parie que George aura brouillé toute sa commission.

GERVAIS. — Je le croirais ; car je n'ai rien compris 'a ce qu'il voulait me faire entendre. Il m'a dit que tu envoyais chercher mes vaches.

THIBAUT. — Non , je lui avais ordonné de te demander les miennes.

GERVAIS — Tes vaches ?

THIBAUT. Oui , oui , de celles que j'ai vues dans la prairie. N'en as-tu pas sauvé quatre?

GERVAIS. — Sans doute. Mais sont-elles à toi?

THIBAUT. — Deux de celles-là m'ap-

partiennent. \e nous sommes-nous pas donné parole de partager en bons amis ce qui nous resterait ?

GEKVAi.s, d'un air embairassé. — Mais , Thibaut....

THIBAUT. — Point de détour. Dis nettement si cela n"a pas été convenu entre nous.

GERVAIS. — Je ne puis en disconvenir, mon voisin ; mais on dit bien des choses qui ne peuvent pas ensuite se pratiquer. Considère un peu ma situation. D'un Si beau troupeau que j'avais , ne sauver que quatre têtes , et t'en donner deux !

THIBAUT. — Je suis plus à plaindre, moi qui suis forcé de te les demander. Quand nous avons fait notre accord, pour lequel de nous devait-il être le plus avantageux? I\"avais-je pas un plus grand nombre de vaches que toi ? N'était-ce pas un moyen plus honnête que j'employais pour te secourir ? Ne le regardais-tu pas toi-même comme un bienfait de ma part?

Ose le désavouer?

GERVAIS. — Tant s'en faut, mon voisin; mais après une si grosse perte. . .

THIBAUT. Voilà donc à quoi tient ta probité ? Tu es un de ces honnêtes gens qu'on voit marcher d'un pied assez ferme dans le bonheur , mais qui trébuchent à tout pas dans la disgrâce. Marguerite t'avait connu mieux que moi. Je vois bien qu'il ne faut le plus souvent priser la droiture que pour sa propre valeur.

GERVAIS. — Mais le bailli vient de m'assurer que la justice même ne saurait me condamner là-dessus.

THIBAUT. — Je n'ai plus rien à te dire si tu consultes la chicane avant ta conscience. J'étais ton ami , et je m'en souviens encore assez pour ne pas te citer devant les juges , et te faire déclarer tout haut ta malhonnêteté. Va , je te laisse tes vaches. Je ne te les aurais jamais demandées pour moi-même. Ce n'était que pour m'acquitter envers M. de Verville. J'en

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travaillerai un an de plus pour lui. Tu peux te retirer. Je te rends ta parole.

GERVAis , avec L'accent du désespoir.

— Ah! Thibaut, tu me portes le couteau dans le cœur, ( Il se retire à pas lents. )

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