‹ Œuvres complètes de BertinChapitre 13 sur 102 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Lève un front stif^filiant, et détesl^ la vie. On dit qu'en 8*éloignant, ses yeux pleins de langueur Redemandaient aux dieux l'objet de sa tendresse. Périsse le premier dont l'injuste rigueur A séparé l'amant de sa jeune maîtresse !

L'onde caresse en paix ses rivages chéris; Le lieire croit et meurt sur l'éoorce du chêne ; L'ormeau ne quitte point la vigne qui l'enchaîne : Pourquoi laut-il toujours qu'on m'enlève Eucharis? Cher et cruel objet de plaisirs et d'alarmes , Toi qu'un père autrefois me défendit d'aimer, Rappelle-toi combien tu m'as coûté de larmes ! Ah ! garde-moi ton cœur ; conserve-moi ces charmes Que l'amour pour moi seul se plaisait à former, Et qu'un barbare , hélas ! retient en sa puissance.

L'art d'écrire est , dit-on , l'art de tromper l'absence. Écris-moi , tu le peux à la faveur des nuits. Peins-moi ton désespoir et tes mortels ennuis; Par le plus tendre amour que tes lignes tracées Arrêtent mes regards , de tes pleurs effacées. Grains d'oublier, surtout, en pliant le feuillet. Ce cercle ingénieux qu'inventa via tendresse , Ce cercle où mille fois ta bouche enchanteresse Déppsa des baisers , qu'avec bien plus d'adresse , Tout entiers, loin de toi , la mienne recueillait

a8 LES AMOURS.

Un jour, peut-éti]p, un jour, o ma tant douce amie !

Quand la fidèle OËnone ouvrira tes volets ,

Et qu'un songe amoureux, te présentant mes traits,

Fera couler Fespoir dans ton ame attendrie.

J'entrerai tout d'un coup sans me faire annoncer ;

Je paraîtrai tomber du céleste empyrée.

Du lit alors, pieds nus, légère à t'élanoer,

Si , les cheveux épars , incertaine , égarée ,

Tu cours , les bras tendus , à mon cou f enlacer,

Mes vers, du monde entier, t'assurentlesbommages:

Vénus aura perdu ses honneurs immortels ;

Et les amants en foule , embrassant tes autels ,

De lilas et de fleiuns orneront tes images.

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