‹ Œuvres complètes de BertinChapitre 16 sur 102 · LIVRE r · texte numérisé non relu

LIVRE r

« Aujourd'hui, cher amant, je te tieus dans mes bras; « Je n'eiamine rien , je suis toute à ma flamme. « Je brave et mes tyrans et leur affreux poiiyoir ; « J'ai trop long-temps langui dans mon lit solitaire. « Le ciel , après trois mois , me permet de te voir ; « Que l'on découvre ou non ce fortuné mystère , <c Tu resteras. » O dieux, que j*aimais son courroux ! Elle vole à la porte, et ferme les verroux, A me déshabiller m'enhardit la première.

Laisse tomber sa jupe , et souffle la lumière.

Cependant le vieillard arrive à petit bruit : De ma visite étrange aussitôt on l'instruit; Il monte suffoqué de colère et de rage.

A ce montent fatal, rappelant mon courage, J'invoquai tous les dieux en pareil cas surpris. Il vient, il heurte , il frappe , il appelle Eucharis. Eucharis dans mes bras feignait d'être endormie , Et n'osait respirer, et ne répondait rien :

Pour moi, je l'avoûrai, je goûtais quelque bien A sentir battre ainsi le cœur de mon amie.

Sans doute le barbare , à ma perte obstiné , Feignant de prendre alors le parti le plus sage , TTen défendit que mieux Vescalier détourné, Et crut plus sûrement me saisir au passage.

Il se trompait; T Amour TeUIait sur mon destin.

Quand la belle Eucharis , un peu vers le matin , De l'excès des plaisirs eut lassé ma tendresse , Je lui dis : « Lève-toi, mon aimable maîtresse ; Si l'on me voit sortir, ton malheur est certain. Lève-toi; l'heure fuit, et le jour va renaître; Il faut tromper ton père et sauver ton amant : L'ombre nous sert encor ; profitons du moment, Seconde mon audace. » Alors , tout doucement, De mes discrètes mains j'entr*ouvre la fenêtre. Deuxidraps encor brûlans de leur lit arrachés, Doux voiles réservés à des jeux plus paisibles , L'un à l'autre liés par des nœuds invincibles , Pendent le long du mur, au balcon attachés.

Eucharis inquiète, en proie à ses alarmes.

Refusait à ce j^ix de se justifier, A ces liens douteux n*osait me confier.

Et , les cousant encor , les trempait de ses larmes. Enfin 9 le front couvert , un fer nu sous le bras , Rassurant mille fois mon amante éperdue , Je m'élance d'un saut, glisse le long des draps ; Le pavé retentit j et je suis dans la rue.

Amour, seul inventeur de ces heureux larcins, Tu dérobas ma fuite aux voleurs assassins.

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