LIVRE SECOND
ELEGIE I
Quand je perdais \eà plus beaux de mes jours Si doucement aux pieds de ma maîtresse.
J'imaginais, dans ma crédule ivresse , Qu'un tel bonheur devait durer toujours.
Qu'importe, hélas! me disais-je à moi-même, Que le temps vole? Il doit peu m'alarmer.
Après mille ans peut-en cesser d'aimer Ce qu'une fois ép^ dûment on aimeP Quand j'aurai vu, moins bouillant dans mes voeux , S'évanouir les erreurs du bel âge , Et que mon front, d^ami de cheveux , M'avertira qu'il est temps d'être sage.
Rendu pour lors à mes premiers penchans , J'irai, j'irai , loin d'un monde volage, De mes aïeux cultiver l'héritage.
Tondre ma vigne, et labourer mes champs.
Dans mon foyer ma compagne fidèle.
5o I.ES AMOURS.
Mon Eucharis viendra donner des lois ; Le doux ramier reconnaîtra sa voix , Et mes agneaux bondiront autour d'elle.
Elle saura, dans la saison nouvelle, Porter des fleurs au jeune dieu des bois :
Elle saura , puissant fils de Sémèle, Toffrir les dons du phis riche des mois, Et surcharger ta couronne immortelle D'un raisin mûr qui rougira ses doigts.
Mon Eucharis fermera ma paupière.
Oui , je mourrai dans ses embrassemens ; El là, sans pompe , un jour, la même pierre Sous des cyprès unira deux amans.
Je le disais : quelle erreur insenséel Quel fol espoir enivrait ma pensée !
Les vents, hélas! en tourbillons fougueux Sur l'océan ont emporté mes vœux.
Mon Eucharis est trompeuse et parjure.
Qu'ai-je donc fait? Et quelle est son injure? Ai-je un seul jour, négligeant ses attraits , A ses beaux yeux coûté de tristes larmes ?
Ai-je , la nuit, dans des festins secrets, Par mes clameurs ou mes chants indiscrets , En l'éveillant , excité ses alarmes ?
Puns mon malheur si j'ai pu l'offenser,