LIVRE II
Chercher furtivement Tobjet de ses désirs , Déposer des baisers sans le moindre murmure, £t varier, suspendre , ou hâter les plaisirs ? Tu pleureras un jour ta rigueur imprudente; De mon amour, trop tard , tu connaîtras le prix : Dès demain, dès ce soir, mon ame indépendante Peut châtier tes superbe^ mépris.
Déjà, déjà vingt beautés dans Paris M'offirent leur cœur, et briguent ma tendresse : J'en sais même une, ô ma belle maîtresse!
Qui se vante tout haut d*étre mon Eucharis.
Reviens, avant qu'une étrangère.
Près de moi, vers minuit , se glisse entre deux draps. Et sur mon lit défait, en chemise légère.
Le lendemain matin repose dans mes bras.
Oui, reviens; à ce prix, ma compagne adorable. Ton ami se soumet à la plus dure loi;
Et si jamais il ose devant toi Louer, regarder même un seul objet aimable , Puissent, le jour entier, dans tes yeux menaçaus , Ses yeux chercher en vain le pardon qu'il implore, Et la porte, insensible à ses cris gémissans. Ne point s'ouvrir avant l'aurore !
Songe-s-y bien ; la coupable beauté Que nul amant n*a pu trouver constante,
Dans son automne expiant sa fierté, Seule en un coin , plaintive et gémissante , A la lueur d'une lampe mourante, Conduit Faiguille, ou d'une main tremblante Tourne un fuseau de ses pleurs humecté.
En la voyant la maligne jeunesse Itiomphe , et rit de sa douleur.
L'Amour, armé d*un fouet vengeur, De désirs impuissans tourmente sa vieillesse : Elle implore Vénus; mais la fière déesse Détourne ses regards, et lui répond sans cesse Qu'elle a mérité son malheur. «