‹ Œuvres complètes de BertinChapitre 35 sur 102 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

ELEGIE X

A EUGHARIS.

Le ciel , hélas ! veut venger mes injures ; Le ciel punit ton infidélité :

Tu perds déjà ta fraîcheur, ta beauté, Ton doux éclat, et ces cheveux paijures Dont l*or superbe enivrait ta fierté.

Combien de fois je t'avais prévenue :

« Mon Eucharisy fuis les jeunes amans; Sois dans les mœurs discrète, retenue; Ne perds jamais ta pudeur ingénue , Et garde-toi d'oublier tes sermens !

Il est des dieux : si tu trahis ma flamme, A leurs regards ne crois pas échapper ; n est des dieux cpi'on ne saurait tromper :

Tremble, Eucharis! ils lisent dans ton ame , Et puniront d*un étemel regret Le seul transport d'un désir indiscret. »

Je te l'ai dit; et je me souviens même

Qu'en le disant, les yeux de pleurs noyés, . Je te sen*ais , dans mon désordre extrême ,

Les deux genoux, et liaisais tes deux pieds.

Alors, alors tu jurais, 6 ma vie!

Que nul amant ne tenterait ta foi;

Et qu'à moi seul ta jeunesse asservie

Refuserait même le cœur d'un roi ,

Quand sou amour, aux deux bords de la Loire,

De vingt châteaux doterait tes appas ;

Quand, te couvrant des rayons de sa gloire.

Du lit au trône il conduirait tes pas.

Avec ces mots, dans la nuit la plus noire.

Ton art divin me ferait voir les cieux.

Bien plus; des pleurs s'échappant de tes yeux

Mouillaient ta joue et parcouraient tes charmes.

Que je rougis de ma simplicité!

Oui, tu pleurais; et moi, tout agité.

Contre moi-même en secret irrité.

Je m*en voulais de causer tes alarmes ,

Crédule, hélas! et f essuyais tes larmes; C*en est donc fait ; ta main brise nos fers.

En me quittant tu ris encor, traîtresse!

Songe du moins aux maux que j'ai soufferts

Pour retenir ta volage tendresse.

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