LIVRE II
Tu le sais bien ; ton esclave amoureux iTa redouté ni les Tents, ni la pluie, Ni le soleil , ni le froid rigoureux , Ni les torrents roulans des rocs affreux , Ni Jupiter sous un ciel en furie.
Et qui, dis*moi, célébra ta beauté?
Paris encore est plein de mon délire :
Sept ans entiers j*ai chanté sur ma lyre Et ta constance , et ma félicité.
En te voyant, si la foule soupire, Si tous les cœurs te décernent Tempire Des déités, reines de Tunivers, Ingrate , hélas ! tu le dois à mes vers.
Oui, je voudrais dans la flamme rapide Anéantir ces vers adulateurs :
Oui, je voudrais que TOcéan avide Eût englouti mes écrits imposteurs.
On connaîtra malgré moi Tinfidèle :
Vainqueur du temps, son nom vivra toujours:
On oublîra qu'elle a troublé mes jours, Et les amans ne parleront que d'elle.
ELEGIE XL
J'ai souvent essayé de noyer dans le yin Ma peine et mes tristes alarmes.
O Bacchus! ton nectar divin
S'aigrissait sur mon cœur, et se tournait en larmes.
J*ai souvent essayé, dans la longueur des nuits.
D'accorder sous mes doigts la lyre de Chapelle; Les vers n'ont pu distraire mes ennuis , Et malgré moi je chantais l'infidèle.
Enfin, je l'avoûrai, dans mes hras amoureux
J'ai tenu quelquefois une autre enchanteresse ; Mais tout d'un coup, au fort démon ivresse.
Quand je touchais au moment d'être heureux , Le souvenir de ma maîtresse
Venait saisir mon cœur et glacer ma tendresse. Et je sentais expirer tons mes feux.
Que n'ai-je point tenté ? Dieux ! qu'il est difficile