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porta sa mère à y faire une neuvaine; ce qui donna à ia malade une grande confiance de guérir. Le dernier jour de la neuvaine, qui fut un mercredi 5 juillet, sa mère lui ayant apporté des linges qui avoient touché la sainte épine, et la malade les ayant mis sur elle, une demineure après elle sentit un grand remuement en tout son corps; ses convuisions , qu’elle avoit d'ordinaire cinq ou six fois le jour, et qu’elle avoit encore eues trois fois ce jour-là avec de sensibles douleurs, cessèrent entièrement; la fièvre la quitta, et ses vertèbres s’étant remises en leur place, elle se mit en son séant, ce qu’elle n’avoit pu faire depuis trois ans et demi; elle se leva, marcha par la chambre, se mit à genoux pour rendre grâces à Dieu, et deux jours après vint à Port-Royal se portant fort bien; ce qui à faujaurs continué depuis, et à fait venir chez son père grand nombre de personnes de condition, qui ont été les spectateurs et les témoins de cette merveille.
Une religieuse du monastère des ursulines de Noyers en Bourgogne, nommée sœur Claude-Marie de Saint-Joseph, qui, depuis plus de deux ans, étoit étique et paralytique, en telle sorte qu’elle avoit même les pieds renversés, et que les genoux lui trembloient sans cesse lorsqu'elle étoit assise, s'étant fait porter à l’église le dernier jour de la neuvaine qu’on faisoit pour elle, entendit la messe assise, et s'étant fait mettre sur les jambes des linges qui avoient touché la sainte épine, elle pria qu’on lui récitât tout haut la Passion de Notre-Seigneur; et lorsque la sœur qui la lisoit vint au couronnement d’épines , et prononça ces mots : « Ave, rex Judæorum, » elle éleva son cœur à Dieu, et lui demanda qu'il lui plût lui faire ‘la grâce de l’adorer dans un autre esprit que celui des juifs, puisqu'elle le reconnoïssoit pour son Dieu, son roi et son père, de qui elle attendoit le secours dont elle avoit besoin. Ensuite de ol elle s ser ati une Aou secrète et divine ques se Fpanss dans ses
Le ses genoux, qu elle se leya dans cet Re et ayant marché toute seule jusqu’à la grille, s’y mit à genoux pour adorer Jésus-Christ comme elle venoït de le lui demander. Sa fièvre, son vomissement continuel et tous ses autres maux disparurent aussitôt. Le surprise gun
si grand miracle fit jeter des cris de joie par les religieuses. Elle entendi toute une messe à genoux; et les ecclésiastiques et les magis trats er
ee au bruit de cette merv eille, on en chanta le Te Deum, durant
lequel celle qu’on avoit apportée à l’église depuis deux cans; se tint toujours debout, et depui s Ge jour se trouva dans une si er ne et entière santé, que la maison en fit dresser une attestation signée d'elles toutes, qui sont au nombre de cinquante-cinq religieuses, et l’adressa à un ecclésiastique qui avoit dit la messe pour elles à Port-Royal, et leur avoit envoyé ces linges.
Une des religieuses ursulineside Pontoise, nommée sœur Marie de l'Assomption, avoit été tourmentée durant huit mois d’un si horrible mal de tête et de si violentes et si continuelles douleurs en cette partie,
qu "elle navoit repos ni jour ni nuit, sans qu’elle pût tirer de soulagemens d’aucuns remèdes, ni même d’une ouverture qu’on lui avoit faite ’au crâne ; enfin ayant oui parler des merveilles que Dieu
faisait à Port-Royal par la sainte épine, y envoya des linges qui la tou-
chèrent, et qu’elle appliqua à son mal le 17 août dernier, qui fut le
premier jour de sa neuvaine; et depuis ce jour elle sentit une si notable
diminution de son mal, que le dernier, qui fut le vendredi 25, touie la
communauté en rendit grâces à Dieu avec elle, et que ce fut elle-même
qui entonna le Te Deum qui en fut chanté; ce qui a porté les religieuses à envoyer à la mère abbesse de Port-Royal une attestation de cette gué-| rison miraculeuse, signée des officières de la maison, et accompagnée
de l'attestation des deux médecins et du chirurgien, qui déclarent que
ce récit des religieuses est très-conforme à la vérité, et qu'ayant employé les remèdes de la médecine environ l’espace de huit mois, pour le soulagement de la malade, sans en avoir eu le succès prétendu et es-
péré, ils voient et jugent que sa guérison vient plutôt du ciel que de ces remèdes de la médecine , et l’estiment tenir entièrement du miracle.
Ces actes sont datés du 14 du présent mois de septembre.
Mlle d'Espinay , femme de M. d’Espinay, commis au contrôle général des finances, reconnoît que de ses trois derniers enfans, qui ont été trois filles, la première, qui a vécu jusqu’à l’âge de cinq ans et demi, et la seconde jusqu’à dix-huit mois, n’ont jamais pu mettre un pied devant l’autre pour marcher, et-sont mortes dans cette impuissance : la troisième , qui est la dernière, étant encore en ce même état à l’âge de dix-sept mois, il lui étoit survenu une fièvre continue avec un grand dévoiement haut et bas, qui la mettoit en danger. Au mois d'août dernier , sa mère envoya à Cachan, près de Paris, où elle étoit en nourrice, des linges qui avoient touché à la sainte épine de Port-Royal, et fit dire la messe pour elle en l’église de ce monastère. Sa nourrice lui ayant mis ces linges , elle s’endormit, et à son réveil se trouva sans fièvre et sans dévoiement ; ce qui ayant convié sa mère à aller la voir, elle fut étonnée de trouver que non-seulement elle étoit guérie de sa fièvre, mais que même elle commencoit à marcher; et peu de jours après, étant seulement soutenue avec la lisière, elle marchoit aussi bien qu’un enfant de cet Âge peut faire : ce qui a toujours continué jusqu’à présent, au grand étonnement de tout le voisinage.
Une religieuse de l’abbaye du Thrésor, de Vordrè de saint Bernard, fille de M. de La Poterie, conseiller d'État, étant malade depuis sept mois d’une fièvre continue, accompagnée de grands maux de tête et d'estomac , et tous les remèdes de la médecine lui ayant été inutiles, elle écrivit, au commencement de septembre, à M. de La Poterie l’ecclésiastique , son oncle, pour le prier de lui envoyer quelque chose qui eût touché la sainte épine, et faire faire une neuvaine pour elle par les religieuses de Port-Royal, en lui mandant le jour qu’on la commenceroit, et l'heure qu’on célébreroit la sainte messe, afin qu’on fit la même chose et au même temps au Thrésor. M. de La Poterie lui récrivit que lon commenceroit le 11 septembre, et qu’elle ne mît les linges qu'il lui envoyoit, après les avoir fait toucher à la sainte épine, que le-dernier jour de la neuvaine. La malade, ayant gardé cet ordre, ne sentit point de soulagement durant les huit premiers jours, et au contraire e augmenta notablement, et se trouva si mal le matin du 9, que,
isa fièv
voulant communier, et ayant tâché de le faire à genoux, auprès de son lit, cela lui fut impossible. Après la communion, elle mit les linges à sa tête et à son côté droit; et comme nous voyons que, dans l'Évangile, quelques-uns de ceux que Notre-Seigneur vouloit guérir étoient avant leur guérison plus violemment tourmentés, elle ressentit de grandes douleurs et une augmentation de fièvre : mais s'étant assoupie dans la violence de ce mal, fort peu de temps après, entre sept et huit heures, elle se réveilla toute guérie , se leva, s’habilla, marcha, descendit toute seule à l’église, où les sœurs, qui étoient au chœur, furent tellement étonnées par une guérison si soudaine et si merveilleuse, que, pour en témoigner à Dieu leur reconnoissance, elles tirèrent de leur sacristie une autre sainte épine qui est dans ce monastère, que la guérie même porta dans une procession qui fut faite par toutes les religieuses après la grand’messe. Elle vint ensuite au parloir voir M. l’abbé de Lauson, chanoine de Notre-Dame, qui se trouva alors en cette abbaye, où il à trois sœurs religieuses, auquel elle dit qu’elle étoit parfaitement guérie, et le pria de dire à Paris, où il s’en retournoit, qu'elle attribuoit sa guérison aux linges qui avoient touché la sainte épine de Port-Royal, et aux prières de ces bonnes religieuses. Elle à depuis écrit la même chose à M. de La Poterie, son oncle : ajoutant « qu’elle fit maigre dès le lendemain, ce qu’elle n’avoit point fait depuis le premier jour de l'an, et qu’elle s’étoit sentie poussée en priant Dieu , de le supplier d'envoyer un cierge à Port-Royal pour brûler devant la sainte épine , et de la recommander aux prières des religieuses, afin qu’elles lui obtinssent la santé de son âme, aussi bien que celle de son corps; » ce sont ses paroles. Elle lui a aussi envoyé l'attestation du médecin qui l’avoit traitée durant toute cette maladie, qui reconnoït qu’une guérison si prompte et si accomplie n’étoit arrivée ni par aucun mouvement de la nature, ni par aucun secours de la médecine.
On ne rapporte point ici d’autres guérisons semblables, que ceux qui les ont obtenues, ou pour eux, ou pour leurs enfans, ont estimées surnaturelles et toutes divines ; comme du P. Bernard Caignet, prieur de Saint-Vincent de Senlis, de l’ordre des chanoines réguliers de saint Augustin, qui est venu, le 28 septembre, à Port-Royal dire la messe en actions de grâces; de Mme de Moncheny, demeurant près de Saint- Jacques de l'Hôpital; d’une fille âgée de vingt-quatre ans, nommée Marie-Élisabeth Renard, fille de M. Renard, de la paroisse de Saint- Laurent; d’un garçon tailleur de la communauté des tailleurs, nommé Claude Le Roy; d’une petite fille âgée de deux ans neuf mois, nommée Claude Beche, fille de maître Nicolas Beche, demeurant en la rue Saint-Antoine, et de plusieurs autres dont on n’a pas retenu les noms, qui viennent tous les jours remercier Dieu à Port-Royal des grâces qu'ils ont reçues.
I suffit de dire que si Dieu n’y faisoit sentir ou espérer son SeCOurs , il n’y à aucune considération humaine qui pût porter tant de personnes à venir au bout de la ville adorer cette sainte épine dans l’église de Port-Royal, et y faire leurs prières tous les vendredis. Car on ne les Y attire en facon quelconque; et par la grâce de Jésus-Christ, on ne
cherche que la gloire de Dieu dans une affaire toute de Dieu. C’est ce qui a donné le mouvement à M. de La Poterie de faire le don entier de ce qu’il n’avoit au commencement laissé qu’en dépôt : tant de guérisons extraordinaires lui ayant fait juger que Dieu demandoit de lui qu’il se privât de ce trésor de bénédictions et de grâces, quelque dévotion qu’il eût de le révérer dans sa chapelle avec plusieurs autres saintes reliques, pour le donner, comme il a fait, au monastère de Port-Royal, où Jésus-Christ faisoit paroître de jour en jour, par les merveilles qu’il y opère, que c’est là où il veut que cette sainte épine de sa couronne soit honorée.
Cependant cet écrivain est si aveuglé de la passion qui l’anime, que bien loin de reconnoître le doigt de Dieu dans une si visible protection de ses servantes, il prétend, au contraire, que toutes ces merveilles que Dieu a faites en leur faveur et dans leur église, ne prouvent autre chose que leur infidélité, et justifient contre elles toutes les accusations de leurs ennemis.
Cette prétention est si étrange qu’elle suffit toute seule pour ôter croyance à des personnes si déraisonnables ; et les exemples qu’ils produisent pour l’appuyer, ne servent qu’à faire voir davantage combien elle est injuste et contraire à l’esprit de l’Église.
Le premier qu’ils allèguent est une aussi grande preuve de leur suffisance et de leur sincérité, que l'application qu’ils en font l’est de leur équité et de leur sagesse. « Le cardinal Baronius, dit cet écrivain, au sixième tome de ses Annales, en l’année 414, rapporte qu’une femme veuve, juive de nation et de religion, avoit en sa maison une des robes de la très-sainte Mère de Dieu, et que, nonobstant sa fausse religion et son incrédulité, Dieu ne laissoit pas de faire plusieurs grands miracles par le moyen de cette précieuse relique; de sorte qu’il y avoit tous les jours en ce lieu un grand concours, non-seulement de chrétiens, mais aussi de Sarrasins et autres infidèles, qui étoient miraculeusement guéris de plusieurs maladies : ce qui n’empêcha pas que cette misérable juive ne demeurât toujours dans son infidélité. »
Mais il est trés-faux que Baronius dise rien de tout cela, ni en cette
année 474, ni en aucune autre. Il ne fait que renvoyer sur ce sujet à Métaphraste et à Nicéphore, qu’on sait être des auteurs très-fabuleux et de fort peu d'autorité parmi les savans. Les cardinaux Bellarmin et Baronius remarquent du premier, qu'il a ajouté aux Vies des saints qu'il a écrites, beaucoup de fausses circonstances , et principalement des miracles ; et ils ne font guère plus d'estime du second, pour la vérité de l’histoire. Et cependant cet écrivain ne s’est pas contenté de supposer à Baronius ce qu’il n’a jamais dit; mais il altère même par beaucoup de déguisemens et de faussetés ce qui a été dit par ces deux Grecs.
1° Il dissimule le fondement de toute cette histoire, qui est qu'ils disent l’un et l’autre, que la Vierge, étant prête de mourir, laissa deux de ses robes à deux veuves (ou deux vierges, selon Métaphraste) « qui avoient eu plus d’affection pour elle pendant sa vie, » selon les propres paroles de Nicéphore (lib. IT, cap. xx1) , avec ordre de les laisser toujours de main en main à des vierges dignes de posséder un si grand trésor,
comme Métaphraste le remarque plus particulièrement. Or, il seroit contre le sens con mun, et même contre l’honneur de la sainte Vierge, de croire que ses deux plus grandes amies fussent des juives de religion, c’est-à-dire des ennemies de son fils; et qu’elle les eût préférées à toutes les femmes chrétiennes , en les faisant dépositaires de ses robes. Que si ces premières étoient chrétiennes , comme on ne peut pas en douter, onne peut pas croire aussi qu'ayant eu un ordre exprès de les laisser à d’autres vierges qui eussent le même respect pour ces robes, et cet ordre ayant toujours été exécuté selon Métaphraste, elles les aient laissées à d’autres qu’à des filles qui crussent comme elles en Jésus-Christ, et qui révérassent sa sainte mère : outre que parmi les juifs, toutes les filles se marient, et il n’y en a point qui demeurent vierges de profession.
2 Aussi Nicéphore ne dit point, comme fait cet auteur, que cette vierge hébreue , entre les maïns de laquelle se trouva cette robe du temps de l’empereur Léon, étoit juive de nation et de religion. C’est cet auteur qui l’ajoute, ayant bien vu que le seul nom d’hébreue ne suffisoit pas pour cela, parce qu’il pouvoit ne marquer que la nation. Et quant à Métaphraste, qui semble le dire en témoignant qu’elle faisoit difficulté de manger avec des chrétiens, il se contredit si visiblement sur ce sujet, qu’il ne mérite aucune croyance; car il fait dire ensuite à cette fille, qu’elle savoit que cetté robe qu’elle gardoïit étoit celle de Marie, mère de Dieu, ce qui marque qu’elle n’étoit point juive de religion, puisqu'on cesse de l’être lorsqu'on reconnoît que Marie, mère de Jésus, est mère de Dieu, et par conséquent que Jésus est Dieu.
3° Il impose encore à ces deux auteurs, en disant que cette femme, qu’il appelle une misérable juive, « demeura toujours dans son infidélité,» dont aucun d’eux ne dit pas un mot : et bien loin que Métaphraste l'appelle une misérable juive, il dit d'elle, au contraire, « qu’elle n’eût jamais été élevée pour être gardienne de ce trésor , si elle n’ eût été ornée de la beauté.des vertus et de la pureté de l’àme. »
4° Aucun de ces auteurs ne parle de « ce grand concours de Sarrasins et autres infidèles qui étoient miraculeusement guéris. » Métaphraste parle bien des miracles qui se faisoient chez cette fille hébreue, selon sa coutume d’en faire entrer partout, comme Bellarmin l’a remarqué : mais outre qu’il en parle de telle sorte, qu’on ne peut le lire sans juger que c'est une fable qu’il raconte, il ne dit point qu’il y eût des Sarrasins et des infidèles qui fussent guéris par cette robe: Ce sont des faussetés de cet écrivain, qui à inventé ces circonstances pour mieux ajuster son conte, et pour donner lieu de comparer les religieuses de Port-Royal à une misérable juive, et ceux qui vont y adorer la sainte épine, à un grand concours de Sarrasins infidèles. Maïs il n’a pas pris garde combien son mensonge étoit ridicule ; car au temps dont il parle, qui est l’an 474, le mot de Sarrasins ne se prenoit que pour un peuple de l'Arabie appelé Saraceni, qui n’étoit point infidèle, ayant été converti à la foi tie tienne plus de cent ans auparavant, sous la reine Maurice, du temps de l’empereur Valens, et qui, étant alors renfermé dans ses limites, ne pouvoit pas faire fous Les jours un grand concours chez une femme qui deeuroit en Galilée, à plus de deux cents lieues de là. Il faudroit donc,
pour rendre cette fausseté vraisemblable, qu’on pût entendre par le mot de Sarrasins des infidèles répandus par la Judée; ce qui n’est arrivé que plus de cent cinquante ans depuis, lorsque Mahomet, ayant infecté ce peuple de son impiété environ l’an 630, et ses successeurs s'étant rendus maîtres de la Judée, de la Syrie et de plusieurs autres provinces, on a commencé à entendre par le mot de Sarrasins des mahométans infidèles. Mais quoi qu'il en soit de cette histoire, il est visible qu’on ne peut en tirer aucun avantage pour le dessein de cet auteur, puisque des miracles faits par la robe de la Vierge ne pouvoient porter des juifs qu’à se convertir à la religion chrétienne.
Il en est de même du deuxième exemple, où cet auteur est aussi peu sincère que dans le premier. Car Baronius, en l’année 874, citée par cet auteur, dit seulement qu’il y avoit une chapelle où étoit une image de la Vierge qui faisoit des miracles, et que plusieurs chrétiens et Sarrasins y étoient miraculeusement guéris. I1 ne dit quoi que ce soit de «ce prince sarrasin de Damas qui étoit aveugle, » et que cet écrivain dit « qui se fit porter dans cette chapelle, où il recouvra la vue; nonobstant quoi il persista toujours dans son incrédulité. » Mais qui ne voit que cette histoire, vraie ou fausse, ne peut servir qu’à confondre cet écrivain, et que la réflexion qu’il y fait est sa propre condamnation ? « Si donc, dit-il, quelque Sarrasin , adressant alors la parole à un chrétien, lui eût dit : «Puisque Dieu a fait un miracle en faveur de notre prince, et lui a «rendu la vue miraculeusement, c’est un témoignage par lequel il a voulu «déclarer que la religion des Sarrasins est bonne : » cette conséquence eût-elle été bien tirée ? et le chrétien en füût-il demeuré d'accord ? » Voilà son raisonnement, qui suffit seul pour ruiner tout son libelle; car qui peut douter que cette conséquence de ce Sarrasin n’eût été très-mal tirée, et que le chrétien n’eût eu une très-grande raison de s’en moquer? Mais il ne voit pas, au contraire, que c’étoit au chrétien à en tirer une qui étoit aussi juste en elle-même, qu’avantageuse pour Port- Royal, puisqu'il n’avoit qu’à dire à ces Sarrasins : « Ne voyez-vous pas que notre religion est divine, puisque le Dièu que nous adorons dans oette chapelle, qui lui est consacrée en l’honneur de sa sainte Mère, vous y a rendu la vue? Il n’y a que lui qui fasse de ces merveilles, et lui seul mérite d’être adoré et servi.» Cette conséquence ne seroit-elle pas très-bien tirée ? Et si un huguenot aveugle, étant allé prier Dieu dans l'église de Port-Royal, et ayant baisé la sainte épine, y recouvroit miraculeusement la vue, n’auroit-on pas sujet de lui dire comme à ces Sarrasins : « Confessez que la religion catholique est la seule véritable, puisque Dieu vous a guéri dans une église de vierges catholiques, qui adorent Jésus-Christ comme étant sans cesse réellement présent sur nos autels, ce que vous tenez pour idolâtrié ; et par une sainte relique qu’elles révèrent, ce que vous tenez pour superstition ? »
Et ce même raisonnement qu’on pourroit tirer de ce miracle pour la religion catholique contre ce calviniste que Dieu y auroit guéri, étoit celui que les-premiers chrétiens tiroient autrefois contre les juifs et les païens, lorsque ces infideles venoient les trouver pour être délivrés, par leurs prières, de la possession des démons. Nous le voyons dans saint
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