L’auteur avoit pris perruque. (B
3. Cinquante-huit ans; mais Boileau en avoit réellement cinquanteneuf en 1696.
ÉPITRE X
Et leur auteur, jadis à Regnier préféré,
A Pinchêne, à Linière, à Perrin comparé.
Vous aurez beau crier : a O vieillesse ennemie ! a N’a-t-il donc tant vécu- que pour cette infamie '? »
Vous n’entendrez partout qu’injurieux brocards Et sur vous et sur lui fondre de toutes parts.
a Que veut-il? dira-t-on; quelle fougue indiscrète Ramène sur les rangs encor ce vain athlète?
Quels pitoyables vers! quel style languissant 1 Malheureux, laisse en paix ton cheval vieillissant,
De peur que tout à coup , efflanqué , sans haleine ,
Il ne laisse en tombant son maître sur l’arène. »
Ainsi s’expliqueront nos censeurs sourcilleux ,
Et bientôt vous verrez mille auteurs pointilleux,
Pièce à pièce épluchant vos sons et vos paroles ,
Interdire chez vous l’entrée aux hyperboles;
Traiter tout noble mot de terme hasardeux ,
Et dans tous vos discours , comme monstres hideux ,
Huer la métaphore et la métonymie ,
Grands mots que Pradon croit des termes de chimie :
Vous soutenir qu’un lit ne peut être effronté J;
Que nommer la luiure est une impureté.
En vain contre ce flot d’aversion publique
Vous tiendrez quelque temps ferme sur la boutique ;
Vous irez à la fin, honteusement exclus,
Trouver au magasin Pyrame et Bégulus s,
Ou couvrir chez Thierry , d’une feuille encor neuve ,
Les méditations de Buzée et d’Hayneuve;
Puis , en tristes lambeaux semés dans les marchés ,
Souffrir tous les affronts au Jonas * reprochés.
Mais quoi! de ces discours bravant la vaine attaque,
Déjà, comme les vers de Cinna, A’ Andromaque ,
Vous croyez à grands pas chez la postérité Courir, marqués au coin de l’immortalité 1 Eh bien ! contentez donc l’orgueil qui vous enivre ;
Montrez-vous , j’y consens : mais du moins dans mon livre . Commencez par vous joindre à mes premiers écrits.
C’est là qu’à la faveur de vos frères chéris,
Peut-être enfin soufferts comme enfans de ma plume ,
Vous pourrez vous sauver, épars dans le volume.
Que si mêmes un jour le lecteur gracieux ,
Amorcé par mon nom , sur vous tourne les yeux ,
Pour m’en récompenser, mes vers, avec usure,
t . Vers du Cid. (B.) — 2. Terme de la dixième satire, vers 306. (B. ) 3. Pièces de théâtre de Pradon. (B.)
*. Jonas , poème héroïque non vendu. (B.)
ÉPITRE X
De votre auteur alors faites-lui la peinture :
Et surtout prenez soin d’effacer bien les traits Dont tant de peintres faux ont flétri mes portraits.
Déposez hardiment qu’au fond cet homme horrible ,
Ce censeur qu’ils ont peint si noir et si terrible ,
Fut un esprit doux, simple, ami de l’équité,
Qui , cherchant dans ses vers la seule vérité ,
Fit sans être malin ses plus grandes malices,
Et qu’enfin sa candeur seule a fait tous ses vices.
Dites que, harcelé par les plus vils rimeurs,
Jamais, blessant leurs vers, il n’effleura leurs mœurs :
Libre dans ses discours , mais pourtant toujours sage ,
Assez foible de corps , assez doux de visage ,
Ni petit, ni trop grand, très-peu voluptueux,
Ami de la vertu plutôt que vertueux.
Que si quelqu’un , mes vers , alors vous importune Pour savoir mes parens, ma vie et ma fortune,
Contez-lui qu’allié d’assez hauts magistrats,
Fils d’un père greffier, né d’aïeux avocats,
Dès le berceau perdant une fort jeune mère.
Réduit seize ans après à pleurer mon vieux père ,
J’allai d'un pas hardi , par moi-même guidé ,
Et de mon seul génie en marchant secondé ,
Studieux amateur et de Perse et d’Horace,
Assez près de Regnier m’asseoir sur le Parnasse-,
Que , par un coup du sort au grand jour amené ,
Et des bords du Permesse à la cour entraîné ,
Je sus, prenant l’essor par des routes nouvelles,
Elever assez haut mes poétiques ailes-,
Que ce roi dont le nom fait trembler tant de rois Voulut bien que ma main crayonnât ses exploits ;
Que plus d’un grand m’aima jusques à la tendresse -,
Que ma vue à Colbert inspiroit l’allégresse ;
Qu’aujourd’hui même encor , de deux sens 1 affoibli ,
Retiré de la cour, et non mis en oubli ,
Plus d’un héros , épris des fruits de mon étude ,
Vient quelquefois chez moi goûter la solitude3.
Mais des heureux regards de mon astre étonnant Marquez bien cet effet encor plus surprenant,
Qui dans mon souvenir aura toujours sa place .
Que de tant d’écrivains de l’école d’Ignace Étant, comme je suis, ami si déclaré*,
Ce docteur toutefois si craint, si révéré,
Qui contre eui de sa plume épuisa l'énergie ,