De Pardaillan de Gondrin, marquis de Termes
RPITRE XI.
Me lasser à chercher des visions cornues,
Et , pour lier des mots si mal s’entr accordans ,
Prendre dans ce jardin la lune avec les dents.
Approche donc, et viens; qu'un paresseux t’apprenne, Antoine , ce que c’est que fatigue et que peine.
L’homme ici-bas, toujours inquiet et gènè,
Est, dans le repos même, au travail condamne.
La fatigue l’y suit. C’est en vain qu’aux poètes
Les neuf trompeuses Sœurs dans leurs douces retraites
Promettent du repos sous leurs ombrages frais ;
Dans ces tranquilles bois pour eux plantés exprès ,
La cadence aussitôt , la rime , la césure ,
La riche expression, la nombreuse mesure,
Sorcières dont l’amour sait d’abord les charmer ,
De fatigues sans fin viennent les consumer.
Sans cesse poursuivant ces fugitives fées 1 ,
On voit sous les lauriers haleter les Orphées.
Leur esprit toutefois se plaît dans son tourment,
Et se fait de sa peine un noble amusement.
Mais je ne trouve point de fatigue si rude Que l’ennuyeux loisir d'un mortel sans étude.
Qui, jamais ne sortant de sa stupidité.
Soutient, dans les langueurs de son oisiveté,
D’une lâche indolence esclave volontaire,
Le pénible fardeau de n’avoir rien à faire.
Vainement offusqué de ses pensers épais ,
Loin du trouble et du bruit il croit trouver la paix Dans le calme odieux de sa sombre paresse .
Tous les honteux plaisirs , enfans de la mollesse ,
Usurpant sur son âme un absolu pouvoir ,
De monstrueux désirs le viennent émouvoir,
Irritent de ses sens la fureur endormie .
Et le font le jouet de leur triste infamie.
Puis sur leur pas soudain arrivent les remords,
Et bientôt avec eux tous les fléaux du corps ,
La pierre, la colique et les gouttes cruelles; , ,,
Guenaud, Rainssant, Brayer’, presque aussi tristes quelles, Chez l’indigne mortel courent tous s’assembler,
De travaux douloureux le viennent accabler;
Sur le duvet d'un lit, théâtre de ses gênes.
Lui font scier des rocs , lui font fendre des chênes ,
Et le mettent au point d’envier ton emploi.
Reconnois donc, Antoine, et conclus avec moi,
Que la pauvreté mâle, active et vigilante,
Est , parmi les travaux , moins lasse et plus contente