Célèbre directeur des jardins du roi. (B
ÉPURE XI
Ainsi que ce cousin 1 des quatre fils Aimon Dont tu lis quelquefois la merveilleuse histoire.
Je rumine en marchant quelque endroit du grimoire?
Mais non : tu te souviens qu’au village on t’a dit Que ton maître est nommé pour coucher par écrit Les faits d’un roi plus grand en sagesse , en vaillance ,
Que Charlemagne aidé des douze pairs de France.
Tu crois qu’il y travaille , et qu’au long de ce mur Peut-être en ce moment il prend Mons et Namur.
Que penserois-tu donc, si l’on t’alloit apprendre Que ce grand chroniqueur des gestes d’Alexandre,
Aujourd’hui méditant un projet tout nouveau ,
S’agite, se démène, et s’use le cerveau,
Pour te faire à toi-même en rimes insensées Un bizarre portrait de ses folles pensées?
« Mon maître , dirois-tu , passe pour un docteur,
Et parle quelquefois mieux qu’un prédicateur.
Sous ces arbres pourtant, de si vaines sornettes Il n’iroit point troubler la paix de ces fauvettes,
S’il lui falloit toujours, comme moi, s’exercer,
Labourer, couper, tondre, aplanir, palisser,
Et, dans l’eau de ces puits sans relâche tirée,
De ce sable étancher la soif démesurée. »
Antoine , tu crois donc de nous deux , je le roi ,
Que le plus occupé dans ce jardin c’est toi?
Oh! que tu changerois d’avis et de langage,
Si deux jours seulement , libre du jardinage ,
Tout à coup devenu poëte et bel esprit ,
Tu t’allois engager à polir un écrit
Qui dît , sans s’avilir, les plus petites choses ;
Fît , des plus secs chardons , des œillets et des roses ;
Et sût même aux discours de la rusticité Donner de l’élégance et de la dignité;
Un ouvrage, en un mot, qui, juste en tous ses termes.
Sût plaire à Daguesseau’, sût satisfaire Termes5;
Sût, dis-je, contenter, en paroissant au jour,
Ce qu’ont d’esprits plus fins et la ville et la cour !
Bientôt de ce travail revenu sec et pâle ,
Et le teint plus jauni que de vingt ans de hâle ,
Tu dirois, reprenant ta pelle et ton râteau ; a J’aime mieux mettre encor cent arpens au niveau Que d’aller follement, égaré dans les nues,