Homère a fait la Guerre des rats et des grenouilles. (B
3. La Secehia rnpita , poème italien. (B.) — Ce poème héroïque, très-inférieur au Lutrin , a pour sujet la guerre qu’entreprirent les Bolonois afin de recouvrer un seau de sapin que les Modénois avoient fait enlever du puits public de la ville de Bologne. L’auteur est Alexandre Tassoni, qui naquit à Modène en <666, et j mourut en <636.
LE LUTRIN
Et, sans lasser le ciel par des chants superflus,
Ne voyons plus un chœur où l’on ne nous voit plus. Sortons.... Vais cependant mon ennemi tranquille Jouira sur son banc de ma rage inutile,
Et verra dans le chœur le pupitre exhaussé Tourner sur le pivot où sa main l’a placé !
Non, s’il n’est abattu, je ne saurais plus vivre.
A moi, Girot, je veux que mon bras m’en délivre.
Périssons, s’il le faut; mais de ses ais brisés Entraînons, en mourant, les restes divisés. *
A ces mots, d’une main par la rage affermie,
Il saisissoit déjà la machine ennemie ,
Lorsqu’en ce sacré lieu, par un heureux hasard,
Entrent Jean le choriste, et le sonneur Girard,
Deux Manceaux renommés, en qui l’expérience Pour les procès est jointe à la vaste science.
L’un et l’autre aussitôt prend part à son affront.
Toutefois condamnant un mouvement trop prompt ,
« Du lutrin , disent-ils , abattons la machine :
Mais ne nous chargeons pas tout seuls de sa ruine;
Et que tantôt, aux yeux du chapitre assemblé,
Il soit sous trente mains en plein jour accablé.»
Ces mots des mains du chantre arrachent le pupitre.
« J’y consens , leur dit-il , assemblons le chapitre :
Allez donc de ce pas par de saints hurlemens,
Vous-mêmes appeler les chanoines dormans.
Partez. » Mais ce discours les surprend et les glace.
« Nous 1 qu’en ce vain projet , pleins d’une folle audace . Nous allions, dit Girard, la nuit nous engager!
De notre complaisance osez-vous l’exiger ?
Hét seigneur, quand nos cris pourraient, du fond des rues, De leurs appartemens percer les avenues,
Réveiller ces valets autour d’eux étendus,
De leur sacré repos ministres assidus ,
Et pénétrer des lits au bruit inaccessibles,
Pensez-vous, au moment que les ombres paisibles A ces lits enchanteurs ont su les attacher,
Que la voix d’un mortel les en puisse arracher?
Deux chantres feront-ils, dans l’ardeur de vous plaire,
Ce que depuis trente ans six cloches n’ont pu faire ?
— Ah I je vois bien où tend tout ce discours trompeur . Reprend le chaud vieillard : le prélat vous fait peur.
Je vous ai vus cent fois, sous sa main bénissante,
Courber servilement une épaule tremblante.
Eh bien ! allez ; sous lui fléchissez les genoux :
Je saurai réveiller les chanoines sans vous.
Viens, Girot, seul ami qui me reste fidèle :
Prenons du saint jeudi la bruyante crécelle Suis-moi. Qu’à son lever le soleil aujourd’hui Trouve tout le chapitre éveillé devant lui. »
Il dit. Du fond poudreux d’une armoire sacrée,
Par les mains de Girot la crécelle est tirée.
Ils sortent à l’instant, et, par d’heureux efforts,
Du lugubre instrument font crier les ressorts.
Pour augmenter l’effroi, la Discorde infernale Monte dans le Palais, entre dans la grand’salle.
Et, du fond de cet antre, au travers de la nuit,
Fait sortir le démon du tumulte et du bruit.
Le quartier alarmé n’a plus d’yeux qui sommeillent;
Déjà de toutes parts les chanoines s’éveillent :
L’un croit que le tonnerre est tombé sur les toits,
Et que l’église brûle une seconde fois1;
L’autre, encore agité de vapeurs plus funèbres,
Pense être au jeudi saint, croit que l’on dit ténèbres,
Et déjà tout confus, tenant midi sonné ,
En soi-même frémit de n’avoir point dîné.
Ainsi, lorsque tout prêt à briser cent murailles Louis, la foudre en main, abandonnant Versailles,
Au retour du soleil et des zéphyrs nouveaux,
Fait dans les champs de Mars déployer ses drapeaux;
Au seul bruit répandu de sa marche étonnante,
Le Danube s’émeut, le Tage s’épouvante,
Bruxelle attend le coup qui la doit foudroyer,
Et le Batave encore est prêt à se noyer.
Mais en vain dans leurs lits un juste effroi les presse :
Aucun ne laisse encor la plume enchanteresse.
Pour les en arracher Girot s’inquiétant,
Va crier qu’au chapitre un repas les attend.
Ce mot dans tous les cœurs répand la vigilance :
Tout s’ébranle, tout sort, tout marche en diligence.
Ils courent au chapitre , et chacun se pressant Flatte d’un doux espoir son appétit naissant.
Mais, ô d’un déjeuner vaine et frivole attente!
A peine ils sont assis, que, d’une voix dolente,
Le chantre désolé, lamentant son malheur,
Fait mourir l’appétit et naître la douleur.
Le seul chanoine Êvrard , d’abstinence incapable ,
Ose encor proposer qu’on apporte la table.
Mais il a beau presser , aucun ne lui répond :
Quand, le premier rompant ce silence profond,
Alain tousse , et se lève ; Alain , ce savant homme ,
4. Instrument dunt on se sert le jeudi saint au lien de cloches. (B.) 2. Le toit de la Sainte-Chapelle fut brillé en 101 H. (B.)
Die
LE LUTRIN
Qui de Bauny vingt fois a lu toute la Somme 1 ,
Qui possède AbéliJ, qui sait tout Raconis*,
Et même entend, dit-on, le latin d’A-Kempis 4.
N’en doutez point, leur dit ce savant canoniste,
Ce coup part , j’en suis sûr , d’une main janséniste. Mes yeux en sont témoins : j’ai vu moi-mème hier Entrer chez le prélat le chapelain Garnier.
Amauld, cet hérétique ardent à nous détruire,
Par ce ministre adroit tente de le séduire :
Sans doute il aura lu dans son saint Augustin* Q’autrefois saint Louis érigea ce lutrin*.
Il va nous inonder des torrens de sa plume :
Il faut , pour lui répondre , ouvrir plus d’un volume . Consultons sur ce point quelque auteur signalé ; Voyons si des lutrins Bauny n’a point parlé.
Étudions enfin, il en est temps encore;
Et, pour ce grand projet, tantôt dès que l’Aurore Rallumera le jour dans l’onde enseveli ,
Que chacun prenne en main le moelleux Ahéli’. »
Ce conseil imprévu de nouveau les étonne :
Surtout le gras Evrard d’épouvante en frissonne.
« Moil dit-il, qu’à mon âge, écolier tout nouveau. J’aille pour un lutrin me troubler le cerveau ?
O le plaisant conseil I Non , non , songeons à vivre : Va maigrir, si tu veux, et sécher sur un livre.
Pour moi, je lis la Bible autant que l’Alcoran.
Je sais ce qu’un fermier nous doit rendre par an;
Sur quelle vigne à Reims nous avons hypothèque* :
1 . La Somme des Péchés est le titre d’un livre du jésuite Bauny , livre publié en 1634, et réimprimé plusieurs fois.