‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 140 sur 492 · i LE LUTRIN · texte numérisé non relu

i LE LUTRIN

Le trouble qui t’étonne est facile à calmer :

F.t . pour y rappeler la paix tant désirée ,

Je vais t’ouvrir, ma sœur, une roule assurée.

Prète-moi donc l’oreille, et retiens tes soupirs.

Vers ce temple fameux, si cher à tes désirs,

Où le ciel fut pour toi si prodigue en miracles,

Non loin de ce palais où je rends mes oracles,

Est un vaste séjour des mortels révéré 1 ,

Et de cliens soumis à toute heure entouré.

Là. sous le faix pompeux de ma pourpre honorable,

Veille au soin de ma gloire un homme incomparable,

Ariste’, dont le ciel et Louis ont fait choix Pour régler ma balance et dispenser mes lois.

Par lui dans le barreau sur mon trône affermie ,

Je vois hurler en vain la chicane ennemie :

Par lui la vérité ne craint plus l’imposteur,

Et l’orphelin n’est plus dévoré du tuteur.

Mais pourquoi vainement t’en retracer l’image?

Tu le connois assez : Ariste est ton ouvrage;

C’est toi qui le formas dès ses plus jeunes ans :

Son mérite sans tache est un de tes présens.

Tes divines leçons, avec le lait sucées,

Allumèrent l’ardeur de ses nobles pensées.

Aussi son cœur, pour toi brûlant d’un si beau feu,

N’en fit point dans le monde un lâche désaveu;

Et son zèle hardi, toujours prêt à paroître,

N’alla point se cacher dans les ombres d’un cloître.

Va le trouver, ma sœur : à ton auguste nom,

Tout s’ouvrira d’abord en sa sainte maison.

Ton visage est connu de sa noble famille;

Tout y garde tes lois, enfans, sœur, femme, fille.

Tes yeux d’un seul regard sauront le pénétrer;

Et, pour obtenir tout, tu n’as qu’à te montrer. »

Là s’arrête Thémis. La Piété charmée Sent renaître la joie en son âme calmée.

Elle court chez Ariste; et s’offrant à ses yeux .

« Que me sert, lui dit-elle, Ariste, qu’en tous lieux Tu signales pour moi ton zèle et ton courage .

Si la Discorde impie à ta porte m’outrage ?

Deux puissans ennemis, par elle envenimés,

Dans ces murs, autrefois si saints, si renommés,

A mes sacrés autels font un profane insulte,

Remplissent tout d’efTroi, de trouble et de tumulte.

De leur crime à leurs yeux va t’en peindre l’horreur :

t. L’hôtel du premier président, aujourd'hui la préfecture de police. 2. M. de Lamoignon, premier président. (B.)

Sauve-moi , sauve-les de leur propre fureur. *

Elle sort à ces mots. Le héros en prière Demeure tout couvert de feux et de lumière.

De la céleste fille il reconnoît l’éclat,

Et mande au même instant le chantre et le prélat.

Muse , c’est à ce coup que mon esprit timide Dans sa course élevée a besoin qu’on le guide,

Pour chanter par quels soins, par quels nobles travaux,

Un mortel sut fléchir ces superbes rivaux.

Mais plutôt, toi qui fis ce merveilleux ouvrage,

Ariste , c’est à toi d’en instruire notre âge.

Seul tu peux révéler par quel art tout-puissant Tu rendis tout à coup le chantre obéissant.

Tu sais par quel conseil rassemblant le chapitre Lui-même, de sa main, reporta le pupitre;

Et comment le prélat, de ses respects content,

Le fit du banc fatal enlever à l’instant.

Parle donc : c’est à toi d’éclaircir ces merveilles.

Il me suffit, pour moi, d’avoir su, par mes veilles,

Jusqu’au sixième chant pousser ma fiction ,

Et fait d’un vain pupitre un second Ilion.

Finissons. Aussi bien, quelque ardeur qui m’inspire,

Quand je songe au héros qui me reste à décrire,

Qu’il faut parler de toi , mon esprit éperdu Demeure sans parole, interdit, confondu.

Ariste , c’est ainsi qu’en ce sénat illustre Ou Thémis, par tes soins, reprend son premier lustre,

Quand, la première fois, un athlète nouveau

Vient combattre en champ clos aux joutes du barreau,

Souvent, sans y penser, ton auguste présence Troublant par trop d’éclat sa timide éloquence,

Le nouveau Cicéron, tremblant, décoloré,

Cherche en vain son discours sur sa langue égaré;

En vain, pour gagner temps, dans ses transes affreuses,

Tra ne d’un dernier mot les syllabes honteuses;

11 hésite, il bégaye; et le triste orateur Demeure enfin muet aux yeux du spectateur 1

t. L’orateur demeurant muet, il n’y a plua d'auditeurs . il reste seulement des spectateurs. (B.)

rin du i.uTRitt.

ODES

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