‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 141 sur 492 · DISCOURS SUR L’ODE · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR L’ODE

L’ode suivante a été composée à l’occasion de ces étranges dialogues1 qui ont paru depuis quelque temps, où tous les plus grands écrivains de l’antiquité sont traités d’esprits médiocres , de gens à être mis en parallèle avec les Chapelains et avec les Cotins , et où, voulant faire honneur à notre siècle, on l’a en quelque sorte diffamé , en faisant voir qu’il s’y trouve des hommes capables d’écrire des choses si peu sensées. I'indare y est des plus maltraités. Comme les beautés de ce poète sont extrêmement renfermées dans sa langue , l’auteur de ces dialogues , qui vraisemblablement ne sait point de grec , et qui n’a lu Pindare que dans des traductions latines assez défectueuses, a pris pour galimatias tout ce que la faiblesse de ses lumières ne lui permettoit pas de comprendre. 11 a surtout traité de ridicules ces endroits merveilleux où le poète, pour marquer un esprit entièrement hors de soi, rompt quelquefois de dessein formé la suite de son discours ; et afin de mieux entrer dans la raison , sort , s’il faut ainsi parler , de la raison même , évitant avec grand soin cet ordre méthodique et ces exactes liaisons de sens qui ôteroient l’âme à la poésie lyrique. Le censeur dont je parle n'a pas pris garde qu’en attaquant ces nobles hardiesses de Pindare , il donnoit lieu de croire qu’il n’a jamais conçu le sublime des psaumes de David , où , s’il est permis de parler de ces saints cantiques à propos de choses si profanes, il y a beaucoup de ces sens rompus, qui* servent même quelquefois à en faire sentir la divinité. Ce critique, selon toutes les apparences, n’est pas fort convaincu du précepte que j’ai avancé dans mon Art poétique , à propos de l’ode :

« Son style impétueux souvent marche au hasard :

Chez elle un beau désordre est un effet de l’art. »

Ce prétexte effectivement, qui donne pour règle de ne point garder quelquefois de règles, est un mystère de l’art, qu’il n’est pas aisé de faire entendre à un homme sans aucun goût , qui croit que la Clélie et nos opéra sont les modèles du genre sublime ; qui trouve Térence fade, Virgile froid, Homère de mauvais sens, et qu’une espèce de bizarrerie d’esprit rend insensible à tout ce qui frappe ordinairement les hommes. Mais ce n’est pas ici le lieu de lui montrer ses erreurs. On le fera peut-être plus à propos un de ces jours, dans quelque autre ouvrage.

t. Parallèle des anciens et des modernes , en forme de dialogues. (B (

Page 1