‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 174 sur 492 · XXXIV. — Sur une gravure qu’on a faite de moi · texte numérisé non relu

XXXIV. — Sur une gravure qu’on a faite de moi

Du célèbre Boileau tu vois ici l’image.

Quoil c’est là, diras-tu, ce critique achevé!

262 ËP1GRAMMES.

D’où vient ce noir chagrin qu’on lit sur son visage î C’est de se voir si mal gravé.

XXXV. — Aux révérends pères jésuites auteurs du Journal de Trévoux.

Mes révérends pères en Dieu ,

Et mes confrères en satire ,

Dans vos écrits en plus d’un lieu ,

Je vois qu’à mes dépens vous affectez de rire.

Mais ne craignez-vous point que pour rire de vous.

Relisant Juvénal, refeuilletant Horace,

Je ne ranime encor ma satirique audace?

Grands Aristarques de Trévoux ,

N’allez point de nouveau faire courir aux armes Un athlète tout prêt à prendre son congé ,

Qui par vos traits malins au combat rengagé ,

Peut encore aux rieurs faire verser des larmes.

Apprenez un mot de Regnier Notre célèbre devancier :

« Corsaires attaquant corsaires Ne font pas, dit-il, leurs affaires. »

XXXVI. — Réplique à une épigramme par laquelle les journalistes de Trévoux avoient répondu à la précédente.

Non , pour montrer que Dieu veut être aimé de nous ,

Je n’ai rien emprunté de Perse ni d’Horace ,

Et je n’ai point suivi Juvénal à la trace.

Car bien qu’en leurs écrits, ces auteurs, mieux que vous, Attaquent les erreurs dont nos âmes sont ivres ,

La nécessité d’aimer Dieu Ne s’y trouve jamais prêchée en aucun lieu ,

Mes pères, non plus qu’en vos livres.

XXXVII. — Aux mêmes sur le livre des Flagellons , composé par mon frère le docteur de Sorbonne1.

Non, le livre des Flagellans N’a jamais condamné , lisez-le bien , mes pères ,

Ces rigidités salutaires Que, pour ravir le ciel, saintement violens,

Exercent sur leurs corps tant de chrétiens austères.

Il blâme seulement ces abus odieux

4. Ce livre, publié en latin, en 4700, fut amèrement critiqué par le* jésuites dans le cahier de juin 4703 de leur Journal de Trévoux.

ÉPIGRAMMES

D’étaler et d’offrir aux yeux Ce que leur doit toujours cacher la bienséance ;

Et combat vivement la fausse piété

Qui , sous couleur d’éteindre en nous la volupté ,

Par l’austérité même et par la pénitence ,

Sait allumer le feu de la lubricité.

XXXV 111. — L’amateur d’horloges.

Sans cesse autour de six pendules,

De deux montres, de trois cadrans,

Lubin , depuis trente et quatre ans ,

Occupe ses soins ridicules.

Mais à ce métier, s’il vous plait,

A-t-il acquis quelque science ?

Sans doute; et c’est l’homme de France Qui sait le mieux l’heure qu’il est.

m XXXIX,

Qui ne hait point tes vers , ridicule Mauroi ,

Pourrait bien , pour sa peine , aimer ceux de Fourcroi.

La figure de Pellisson 1 Est une figure effroyable;

Mais quoique ce vilain garçon - .

Soit plus laid qu’un singe et qu’un diable ,

Sapho lui trouve des appas ;

Mais je ne m’en étonne pas :

Car chacun aime son semblable.

On dit que l’abbé Roquette Prêche les sermons d’autrui :

Moi, qui sais qu’il les achète,

Je soutiens qu’ils sont à lui.

1. Ces vers, ainsi que les suivans, ont été attribués à Boileau. — Sapho, c'est Mlle de Scudéri.

FIK DF a ÉFIGRAMMRS.

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