‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 175 sur 492 · AVERTISSEMENT AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT AU LECTEUR

Mme de Montespan et Mme de Thianges, sa sœur, lasses des opéra de M. Quinault, proposèrent au roi d’en faire faire un par M. Racine, qui s'engagea assez légèrement à leur donner cette satisfaction, ne songeant pas dans ce moment-là à une chose, dont il étoit plusieurs fois convenu avec moi, qu’on ne peut jamais faire un bon opéra, parce que la musique ne sauroit narrer; que les passions n’y peuvent être peintes dans toute l’étendue qu’elles demandent; que d’ailleurs elle ne sauroit souvent mettre en chant les expressions vraiment sublimes et courageuses. C’est ce que je lui représentai, quand il me déclara son engagement; et il m’avoua que j’avois raison ; mais il étoit trop avancé pour reculer. Il commença dès lors en effet un opéra, dont le sujet étoit la chute de Phaéton. Il en fit même quelques vers qu’il récita au roi qui en parut content. Mais comme M. Racine n'entreprenoit cet ouvrage qu’à regret , il me témoigna résolûment qu’il ne l’achèveroit point que je n’y travaillasse avec lui , et me déclara avant tout qu’il falloit que j’en composasse le prologue. J’eus beau lui représenter mon peu de talent pour ces sortes d’ouvrages, et que je n'avois jamais fait de vers d’amourettes : il persista dans sa résolution, et me dit qu’il me le feroit ordonner par le roi. Je songeai donc en moi-même à voir de quoi je serois capable , en cas que je fusse absolument obligé de travailler à un ouvrage si opposé à mon génie et à mon inclination. Ainsi, pour m’essayer, je traçai, sans en rien dire à personne , non pas même à M. Racine , le canevas d’un prologue; et j’en composai une première scène. Le sujet de cette scène étoit une dispute de la Poésie et de la Musique, qui se querelloient sur l’excellence de leur art , et étoient enfin toutes prêtes à se séparer, lorsque tout à coup la déesse des accords, je veux dire l’Harmonie, descendoit du ciel avec tous ses charmes et ses agrémens , et les réconcilioit. Elle devoit dire ensuite la raison qui la faisoit venir sur la terre , qui n’étoit autre que de divertir le prince de l’univers le plus digne d’être servi , et à qui elle devoit le plus, puisque c’étoit lui qui la maintenoit dans la France, où elle régnoit en toutes choses. Elle ajoutoit ensuite que , pour empêcher que quelque audacieux ne vint troubler, en s’élevant contre un si grand prince, la gloire dont elle jouissoit avec lui, elle vouloit que dès aujourd’hui même , sans perdre de temps , on représentât sur la scène la chute de l’ambitieux Phaéton. Aussitôt tous les poètes et tous tes musiciens, par son ordre, se retiraient et s’alloient habiller. Voilà le sujet de mon prologue, auquel je travaillai trois ou quatre jours avec un assez grand dégoût , tandis

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