‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 185 sur 492 · SCENE IV. — CASSAIGNE , seul · texte numérisé non relu

SCENE IV. — CASSAIGNE , seul

Percé jusques au fond du cœur D’une insulte imprévue aussi bien que mortelle, Misérable vengeur d’une sotte querelle .

D’un avare écrivain chétif imitateur,

Je demeure stérile , et ma veine abattue Inutilement sue.

Si près de voir couronner mon ardeur ,

O la peine cruelle 1

En cet affront La Serre est le tondeur,

Et le tondu père de la Pucelle.

Que je sens de rudes combats l Comme ma pension, mon honneur me tourmente. Il faut faire un poème, ou bien perdre une rente : L’un échauffe mon cœur, l’autre retient mon bras. Réduit au triste choix ou de trahir mon maître ,

CHAPELAIN DÉCOIFFÉ

Ou d’aller à Bicêtre ,

Des deux côtés mon mal est infini O la peine cruelle !

Faut-il laisser un La Serre impuni?

Faut-il venger l’auteur de la Patelle?

Auteur , perruque , honneur , argent , Impitoyable loi , cruelle tyrannie ,

Je vois gloire perdue, ou pension finie.

D’un côté je suis lâche , et de l’autre indigent. Cher et chétif espoir d’une veine flatteuse,

Et tout ensemble gueuse ,

Noir instrument, unique gagne-pain,

Et ma seule ressource,

M’es-tu donné pour venger Chapelain ?

M’es-tu donné pour me couper la bourse

Il vaut mieux courir chez Conrart ;

Il peut me conserver ma gloire et ma finance , Mettant ces deux rivaux en bonne intelligence.

On sait comme en traités excelle ce vieillard.

S’il n’en vient pas à bout , que Sapho la pucelle Vide notre querelle.

Si pas un d’eux ne me veut secourir ,

Et si l’on me ballotte ,

Cherchons La Serre ; et , sans tant discourir , Traitons du moins, et payons la calotte.

Traiter sans tirer ma raison I Rechercher un marché si funeste à ma gloire I Souffrir que Chapelain impute à ma mémoire D’avoir mal soutenu l’honneur de sa toison ! Respecter un vieux poil, dont mon âme égarée Voit la perte assurée !

N’écoutons plus ce dessein négligent,

Qui passeroit pour crime.

Allons , ma main , du moins sauvons l’argent , Puisqu’aussi bien il faut perdre l’estime.

Oui , mon esprit s’étoit déçu.

Autant que mon honneur, mon intérêt me presse : Que je meure en rimant , ou meure de détresse , J’aurai mon style dur comme je l’ai reçu.

Je m’accuse déjà de trop de négligence.

Courons à la vengeance :

Et tout honteux d’avoir tant de froideur, Rimons à tire d’aile ,

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