‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 21 sur 492 · Deux fameux vins du terroir d’Orléans. (B · texte numérisé non relu

Deux fameux vins du terroir d’Orléans. (B

4. Fameux marchand de vin logé à la Pomme de pin. (B.) — U est déjà question de ce cabaret dans Regnier et même dans Rabelais

SATINE III

J’allois sortir enfin quand le rôt a paru.

Sur un lièvre flanqué de six poulets étiques S’élevoient trois lapins, animaux domestiques,

Qui, dès leurs tendres ans élevés dans Paris,

Sentoient encor le chou dont ils furent nourris.

Autour de cet amas de viandes entassées Régnoit un long cordon d’alouettes pressées,

Et sur les bords du plat six pigeons étalés Présentoient pour renfort leurs squelettes brûlés.

A côté de ce plat paroissoient deux salades ,

L’une de pourpier jaune , et l’autre d’herbes fades ,

Dont l’huile de fort loin saisissoit l’odorat,

Et nageoit dans des flots de vinaigre rosat.

Tous mes sots , à l’instant changeant de contenance ,

Ont loué du festin la superbe ordonnance;

Tandis que mon faquin qui se voyoit priser,

Avec un ris moqueur les prioit d’excuser.

Surtout certain hâbleur , à la gueule affamée ,

Qui vint à ce festin conduit par la fumée ,

Et qui s’est dit profès dans l’ordre des coteaux 1 ,

A fait en bien mangeant l’éloge des morceaux.

Je riois de le voir avec sa mine étique ,

Son rabat jadis blanc , et sa perruque antique ,

En lapins de garenne ériger nos clapiers,

Et nos pigeons cauchois en superbes ramiers ,

Et , pour flatter notre hôte , observant son visage ,

Composer sur ses yeux son geste et son langage;

Quand notre hôte charmé, m’avisant sur ce point :

« Qu’avez-vous donc , dit-il , que vous ne mangez point ?

Je vous trouve aujourd’hui l’âme toute inquiète ,

Et les morceaux entiers restent sur votre assiette.

Aimez-vous la muscade? on en a mis partout.

Ah ! monsieur , ces poulets sont d’un merveilleux goût ;

Ces pigeons sont dodus : mangez , sur ma parole.

J’aime à voir aux lapins cette chair blanche et molle.

Ma foi , tout est passable , il le faut confesser ,

Et Mignot aujourd’hui s’est voulu surpasser.

Quand on parle de sauce, il faut qu’on y raffine;

Pour moi , j’aime surtout que le poivre y domine ;

J’en suis fourni , Dieu sait ! et j’ai tout Pelletier Roulé dans mon office en cornets de papier. »

A tous ces beaux discours j’étois comme une pierre ,

t . Ce nom fol donné à trois grands seigneurs tenant table , qui étoient partagés sur l'estime qu’on devoit faire des vins des coteaux qui sont aux environs de Reims ; ils aroient chacun leurs partisans. (B.)

SATIRK III.

Ou comme la statue est au Festin de Pierre Et, sans dire un seul mot, j’avalois au hasard Quelque aile de poulet dont j’arrachois le lard.

Cependant mon hâbleur, avec une voix haute,

Porte à mes campagnards la santé de notre hôte .

Qui tous deux pleins dé joie, en jetant un grand cri Avec un rouge-hord acceptent son défi.

Un si galant exploit réveillant tout le monde ,

On a porté partout des verres à la ronde ,

Où les doigts des laquais, dans la crasse tracés,

Témoignoient par écrit qu’on les avoit rincés :

Quand un des conviés, d’un ton mélancolique,

Lamentant tristement une chanson bachique ,

Tous mes sots à la fois ravis de l’écouter,

Détonnant de concert , se mettent à chanter.

La musique sans doute étoit rare et charmante l L’un traîne en longs fredons une voix glapissante;

Et l’autre , l’appuyant de son aigre fausset ,

Semble un violon faux qui jure sous l’archet.

Sur ce point , un jambon d’assez maigre apparence ,

Arrive sous le nom de jambon de Mayence.

Un valet le portoit , marchant à pas comptés ,

Comme un recteur suivi des quatre facultés.

Deux marmitons crasseux, revêtus de serviettes,

Lui servoient de massiers’ , et portoient deux assiettes.

L’une de champignons avec des ris de veau ,

Et l’autre de pois verts qui se noyoient dans l’eau.

Un spectacle si beau surprenant l’assemblée ,

Chez tous les conviés la joie est redoublée ;

Et la troupe à l’instant , cessant de fredonner ,

D’un ton gravement fou s’est mise à raisonner.

Le vin au plus muet fournissant des paroles ,

Chacun a débité ses maximes frivoles ,

Réglé les intérêts de chaque potentat ,

Corrigé la police, et réformé l’État;

Puis , de là s’embarquant dans la nouvelle guerre ,

A vaincu la Hollande ou battu l’Angleterre3.

Enfin, laissant en paix tous ces peuples divers,

De propos en propos on a parlé de vers.

Là, tous mes sots, enflés d’une nouvelle audace,

Ont jugé des auteurs en maîtres du Parnasse :

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