‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 223 sur 492 · APOLLON, HORACE, DES MUSES ET DES POETES · texte numérisé non relu

APOLLON, HORACE, DES MUSES ET DES POETES

horace. — Tout le monde est surpris, grand Apollon, des abus que vous laissez régner sur le Parnasse.

apollon. — Et depuis quand, Horace, vous avisez-vous de parler françois ?

horace. — Les François se mêlent bien de parler latin! Ils estropient quelques-uns de mes vers; ils en font de même à mon ami Virgile; et quand ils ont accroché , je ne sais comment.

Disjecti membra poetæ ,

ainsi que je parfois autrefois , ils veulent figurer avec nous.

apollon. — Je ne comprends rien à vos plaintes. De qui donc me parlez-vous?

horace. — Leurs noms me sont inconnus. C’est aux Muses de nous les apprendre. •

apollon. — Calliope, dites-moi, qui sont ces gens-là? C’est une chose étrange , que vous les inspiriez , et que je n’en sache rien.

calliope. — Je vous jure que je n’en ai aucune connoissance. Ma sœur Érato sera peut-être mieux instruite que moi.

érato. — Toutes les nouvelles que j’en ai , c’est par un pauvre libraire, qui faisoit dernièrement retentir notre vallon de cris affreux. Il s’étoit ruiné à imprimer quelques ouvrages de ces plagiaires, et il venoit se plaindre ici de vous et de nous, comme si nous devions répondre de leurs actions , sous prétexte qu’ils se tiennent au pied du Parnasse !

apollon. — Le bonhomme croit-il que nous sachions ce qui se passe hors de notre enceinte ? Mais nous voilà bien embarrassés pour savoir leurs noms ! Puisqu’ils ne sont pas loin de nous , faisons-les monter pour un moment. Horace , allez leur ouvrir une des portes.

calliope. — Si je ne me trompe, leur figure sera réjouissante, ils nous donneront la comédie.

horace. — Quelle troupe ! nous allons être accablés , s’ils entrent tous. Messieurs, doucement : les uns après les autres.

un poète, s’adressant à Apollon. — Do, Tymbræe, loqui.... autre poète, à Calliope. — Die mihi, musa, virum....

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