DIALOGUE CONTRE LES MODERNES
UN poète. — Quelle pitié! Je ne conteste pas que toutes vos expressions ne soient françoises : mais je dis que vous les employez mal. Par exemple, quoique le mot de cité soit bon en soi, il ne vaut rien où vous le placez : on dit la tille de Paris. De même on dit le pont Neuf, et non pas le pont Nouveau; savoir une chose sur le bout du doigt et non pas sur l’extrémité du doigt.
horace. — Puisque je parle si mal votre langue, croyez-vous, messieurs les faiseurs de vers latins, que vous soyez plus habiles dans la nôtre? Pour vous dire nettement ma pensée, Apollon devroit vous défendre aujourd’hui pour jamais de toucher pluma ni papier.
apollon. — Comme ils ont fait des vers sans ma permission , ils en feroient encore malgré ma défense. Mais , puisque dans les grands abus il faut des remèdes violens, punissons-les de la manière la plus terrible. Je crois l’avoir trouvée. C’est qu’ils soient obligés désormais à lire exactement les vers les uns des autres. Horace, faites-leur savoir ma volonté. uorace. — De la part d'Apollon, il est ordonné, etc. santeul. — Que je lise le galimatias de Dupérier? Moi! Je n’en ferai rien. C’est à lui de lire mes vers.
dupérier. — Je veux que Santeul commence par me reconnoître pour son maître , et après cela je verrai si je puis me résoudre à lire quelque chose de son phébus.
( Ces poètes continuent d se quereller; ils s’accablent réciproquement d’injures, et Apollon les fait chasser honteusement du Parnasse.)
AVERTISSEMENT
Mis à la tète des OEuvres posthumes de M. Gilles Boileau de l'Académie françoise, contrôleur de l’argenterie du roi; Paris, Barbin, 1 870 , in-t2 (02 pages).
LE LIBRAIRE AU LECTEUR'
Je ne doute point que le lecteur ne m’ait quelque obligation du présent que je lui fais des derniers ouvrages d’un homme illustre , que la mort a mis hors d’état de les pouvoir donner lui-même au public. Bien qu’ils n’aient point encore vu le jour, ils ne laissent pas d’être fort connus. La traduction du quatrième livre de VÊnéide a déjà charmé une bonne partie de la cour, par la lecture que l’auteur, de son vivant, a été comme forcé d’en faire en plusieurs réduits célèbres. Elle a mérité l’approbation d’une des
I . Nicolas Boileau Despréaux prit soin de cette édition des OEuvres de son frère et composa cet avertissement au nom du libraire Barbin.
AVERTISSEMENT
plus spirituelles princesses de la terre , et elle a fait dire à un des plus fameux prédicateurs de notre siècle, qu’à ce coup la copie avoit surpassé l’original '. Cependant il est certain que l’auteur ne s’étoit pas encore satisfait sur cette traduction, à laquelle il n’avoit pas mis la dernière main, non plus qu'à ses autres ouvrages qu’il n’avoit pas faits la plupart pour être imprimés , et qui ne l’auroient jamais été , si je n’en eusse fait une espèce de larcin à ceux entre les mains de qui ils étoient tombés. C’est un avis que je suis bien aise de donner, en passant, à ceux qui y trouveront peut-être des choses plus foibles les unes que les autres. Je crois que le nombre de ces critiques sera fort petit, et j’espère qu’il en sera de ces ouvrages comme de 1 ’Énéide de Virgile, dont Virgile seul est mort mécontent. Voilà tout l’avertissement que j’ai à donner au lecteur. S'il profile, comme il doit, du don que je lui fais , et s’il sait m’en faire profiter, je me promets de lui donner bientôt une seconde édition de ce livre*, plus ample, plus correcte que celle-ci; et je lui réponds que je n’épargnerai point mes soins et ma diligence pour lui donner une entière satisfaction.
Donné en la grand'chambre du Parnasse, en faveur des maîtres ès aris
médecins et professeurs de l'Université de Slagyre *, au pays des Chimères, pour le maintien de la doctrine d’Aristote.
Vu parla cour la requête présentée* par les régens, maîtres ès arts, docteurs et professeurs de l’Université, tant en leurs noms , que comme tuteurs et défenseurs de la doctrine de maître
4 . On ignore le nom de ce prédicateur ; mais on croit que la tpi rituelle princesse est Mme Henriette d'Angleterre.