Il n'a jamais été réimprimé
3. Ville de Macédoine, sur la mer Égée, et patrie d’Aristote. Ce philosophe célèbre est né vers l’an 384 avant J. C., et a vécu soixantetrois ans. (B.)
4. L’Université avoit présenté requête au Parlement pour empêcher qu’on n'enseignlt la philosophie de Descartes. La requête fut supprimée, et Bernier en fit imprimer une. de sa façon. (B.) — Cette note, attribuée à Boileau parce qu’on la trouve dans l’édition de 4 7)3, est peut-être de ses amis Renaudot et Valincour, qui firent fairo celte édition. En tous cas, elle est inexacte; car l’Université, qui préparoit en effet une requête , y renonça , effrayée du ridicule que faisoient tomber sur elle la Requête burlesque de Bernier, et surtout V Arrêt burlesque de Boileau.
en blanc Aristote , ancien professeur royal en grec dans le collège du Lycée, et précepteur du feu roi de querelleuse mémoire, Alexandre dit le Grand, acquéreur de l’Asie, Europe, Afrique et autres lieux ; contenant que , depuis quelques années , une inconnue , nommée la Raison , auroit entrepris d’entrer par force dans les écoles de ladite Université ; et pour cet effet , à l’aide de certains quidams factieux, prenant les surnoms de Gassendistes , Cartésiens, Malebranchistes et Pourchotistes1 , gens sans aveu, se serait mise en état d’en expulser ledit Aristote , ancien et paisible possesseur desdites écoles , contre lequel elle et ses consorts auraient déjà publié plusieurs livres, traités, dissertations et raison nemens diffamatoires, .voulant assujettir ledit Aristote à subir devant elle l’examen de sa doctrine; ce qui serait directement opposé aux lois, us et coutumes de ladite Université, où ledit Aristote auroit toujours été reconnu pour juge sans appel et non comptable de ses opinions. Que même, sans l’aveu d’icelui , elle auroit changé et innové plusieurs choses en et au dedans de la nature , ayant ôté au cœur la prérogative d’être le principe des nerfs , que ce philosophe lui avoit accordée libéralement et de son bon gré, et laquelle elle auroit cédée et transportée au cerveau. Et ensuite , par une procédure nulle de toute nullité , auroit attribué audit cœur la charge de recevoir le chyle , appartenant cidevant au foie ; comme aussi de faire voiturer le sang par tout le corps , avec plein pouvoir audit sang d’y vaguer , errer et circuler impunément par les veines et artères, n’ayant -autre droit ni titre pour faire lesdites vexations , que la seule expérience , dont le témoignage n’a jamais été reçu dans lesdites écoles. Auroit aussi attenté ladite Raison, par une entreprise inouïe, de déloger le feu de la plus haute région du ciel, et prétendu qu’il n’avoit là aucun domicile , nonobstant les certificats dudit philosophe , et les visites et descentes faites par lui sur les lieux ; plus , par un attentat et voie de fait.énorme contre la Faculté de médecine , se serait ingérée de guérir , et auroit réellement et de fait guéri quantité de fièvres intermittentes, comme tierces, doubles- tierces , quartes, triples-quartes et même continues , avec vin pur , poudre , écorce de quinquina et autres drogues inconnues audit Aristote et à Hippocrate son devancier , et ce sans saignée , purgation ni évacuation précédentes ; ce qui est non-seulement irrégulier , mais tortionnaire et abusif; ladite Raison n’ayant jamais été admise ni agrégée
4. René Descartes, né à la Haye, en Tauraine, en 4 596 , et mort à Stockolm en 1 650 ; Pierre Gassendi , né en 4 502 , mort à Paris en 1655, professeur de mathématiques au collège royal de France; Nicolas Malebrancbe, né à Paris en 4 638, et mort en 4746, oratorien; Edme Pourchot, né à Poilly en 1651 , mort à Paris en 4724, a laissé un cours
«de philosophie scolastique qui a contribué à retarder les progrès genre d’enseignement. Son mérite est d’avoir osé , l’un des premiers dans les écoles, professer des opinions cartésiennes.
au corps de ladite Faculté , et ne pouvant par conséquent consulter avec les docteurs d’icelle , ni être consultée par eux , comme elle ne l’a en effet jamais été. Nonobstant quoi , et malgré les plaintes et oppositions réitérées des sieurs Blondel , Courtois , Denyau 1 et autres défenseurs de la bonne doctrine , elle n’auroit pas laissé de se servir toujours desdites drogues , ayant eu la nardiesse de les employer sur les médecins mêmes de ladite Faculté , dont plusieurs , au grand scandale des règles , ont été guéris par lesdits remèdes : ce qui est d'un exemple très-dangereux, et ne peut avoir été fait que par mauvaises voies , sortilèges et pactes avec le diable. Et non contente de ce, auroit entrepris de diffamer et de bannir des écoles de philosophie les formalités , matérialités , entités, identités, virtualités, eccéités, pétréités, polycarpéités et autres êtres imaginaires, tous enfans et ayans cause de défunt maître Jean Scot, leur père; ce qui porteroit un préjudice notable , et causerait la totale subversion de la philosophie scolastique , dont elles font tout le mystère , et qui tire d’elles toute sa subsistance, s’il n’y étoit par la cour pourvu. Vu les libelles intitulés Physique de Rohault , Logique de Port-Royal . Traités dît Quinquina , même l’Adverrus Aristoteleos de Gassendi , et autres pièces attachées à ladite requête , signée Chicaneau , procureur de ladite Université : Ouï le rapport du conseiller-commis ; tout considéré :
La cour , ayant égard à ladite requête , a maintenu et gardé , maintient et garde ledit Aristote en la pleine et paisible possession et jouissance desdites écoles. Ordonne qu’il sera toujours suivi et enseigné par les régens , docteurs , maîtres ès arts et professeurs de ladite Université , sans que pour ce ils soient obligés de le lire , ni de savoir sa langue et ses sentimens. Et sur le fond de sa doctrine, les renvoie à leurs cahiers. Enjoint au cœur de continuer d’être le principe des nerfs ; et à toutes personnes , de quelque condition et profession qu’elles soient , de le croire tel , nonobstant toute expérience à ce contraire. Ordonne pareillement au chyle d’aller droit au foie , sans plus passer par le cœur , et au foie de le recevoir. Fait défenses au sang d’être plus vagabond , errer ni circuler dans le corps, sous peine d’être entièrement livré et abandonné à la Faculté de médecine. Défend à la Raison et à ses adhérons de plus s'ingérer à l’avenir de guérir les fièvres tierces, doubles-tierces , quartes , triples quartes ni continues , par mauvais moyens et voies de sortilèges , comme vin pur , poudre , écorce de quinquina et autres drogues non approuvées ni connues des anciens. Et en cas de guérisons irrégulières par icelles drogues, permet aux médecins de ladite Faculté de rendre , suivant leur
t . Blondel a écrit que le bon effet du quinquina venoil des pactes que les Américains avoient faits avec le diable. Courtois, médecin, aimoit fort la saignée. Denyau , autre médecin , nioit la circulation du sang. IB.)
méthode ordinaire , la fièvre aux malades , avec casse , séné , sirops, juleps et autres remèdes propres à ce; et de remettre lesdits malades en tel et semblable état qu’ils étoient auparavant , pour être ensuite traités selon les règles; et, s’ils n’en réchappent, conduits du moins en l’autre monde suffisamment purgés et évacués. Remet les entités, identités, virtualités, eccéités et autres pareilles formules scotistes, en leur bonne famé et renommée. A donné acte aux sieurs Blondel, Courtois et Denyau de leur opposition au bon sens. A réintégré le feu dans la plus haute région du ciel , suivant et conformément aux descentes faites sur les lieux. Enjoint à tous régens, maîtres ès arts et professeurs d’enseigner comme ils ont accoutumé, et de se servir, pour raison de ce , de tel raisonnement qu’ils aviseront bon être ; et aux répétiteurs hibernois, et autres leurs suppôts, de leur prêter main forte, et de courir sus aux contrevenans , à peine d’être privés du droit de disputer sur les prolégomènes de la logique. Et afin qu’à l’avenir il n’y soit contrevenu, a banni à perpétuité la Raison des écoles de ladite Université; lui fait défenses d’y entrer, troubler ni inquiéter ledit Aristote en la possession et jouissance d’icelles, à peine d’être déclarée janséniste et amie des nouveautés. Et à cet effet sera le présent arrêt lu et publié aux Mathurins1 de Stagyre, à la première assemblée qui sera faite pour la procession du recteur, et affiché aux portes de tous les collèges du Parnasse , et partout où besoin sera. Fait ce trente-huitième jour d’août onze mil six cent soixante-quinze.
Collationné avec paraphe.