‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 237 sur 492 · LE 4" JUILLET · texte numérisé non relu

LE 4" JUILLET

Messieurs,

L'honneur que je reçois aujourd'hui est quelque chose pour moi de si grand, de si extraordinaire, de si peu attendu, et tant de sortes de raisons sembloient devoir pour jamais m’en exclure 1 , que , dans le moment même où je vous en fais mes remercimens , je ne sais encore ce que je dois croire. Est-il possible , est-il bien vrai que vous m’ayez en effet jugé digne d’être admis dans cette illustre compagnie, dont le fameux établissement ne fait guère moins d'honneur à la mémoire du cardinal de Richelieu * , que tant de choses merveilleuses qui ont été exécutées sous son ministère ? Et que penseroit ce grand homme , que penseroit ce sage chancelier, qui a possédé après lui la dignité de votre protecteur, et après lequel vous avez jugé ne pouvoir choisir que le roi même; que penseroient-ils , dis-je, s’ils me voyoient aujourd’hui entrer dans ce corps si célèbre, l’objet de leurs soins et de leur estime, et où, par les lois qu’ils ont établies, par les maximes qu’ils ont maintenues , personne ne doit être reçu qu’il ne soit d’un mérite sans reproche, d’un esprit hors du commun, en un mot, semblable à VOU3Î Mais à qui est-ce encore que je succède dans la place que vous m’y donnez ? N’est-ce pas à un homme4 5 également considérable et par ses grands emplois et par sa profonde capacité dans les affaires; qui tenoit une des premières places dans le conseil, et qui en tant d’importantes occasions a été honoré de la plus étroite confiance de son prince; à un magistrat non moins sage qu’éclairé, vigilant, laborieux, et avec lequel, plus je m’examine, moins je me trouve de proportion?

Je sais bien , messieurs , et personne ne l’ignore , que dans le choix que vous faites des hommes propres à remplir les places vacantes de votre savante assemblée , vous n’avez égard ni au rang ni à la dignité , que la politesse , le savoir , la connoissance des belles-lettres ouvrent chez vous l’entrée aux honnêtes gens , et que vous ne croyez point remplacer indignement un magistrat du

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