A L’ACADÉMIE
premier ordre, un ministre de la plus haute élévation, en lui substituant un poète célèbre , un écrivain illustre par ses ouvrages , et qui n’a souvent d’autre dignité que celle que son mérite lui donne sur le Parnasse. Mais, en qualité même d’homme de lettres , que puis-je vous offrir qui soit digne de la grâce dont vous m’honorez? Seroit-ce un foible recueil de poésies, qu’une témérité heureuse et quelque adroite imitation des anciens ont fait valoir, plutôt que la beauté des pensées , ni la richesse des expressions ? Seroit-ce une traduction si éloignée de ces grands chefs-d’œuvre que vous nous donnez tous les jours , et où vous faites si glorieusement revivre les Thucydide, les Xénophon, les Tacite et tous ces autres célèbres héros de la savante antiquité ? Non , messieurs , vous connoissez trop bien la juste valeur des choses , pour payer d’un si grand prix des ouvrages aussi médiocres que les miens , et pour m’offrir de vous-mêmes , s’il faut ainsi dire , sur un si léger fondement, un honneur que la connoissance de mon peu de mérite ne m’a pas laissé seulement la hardiesse de demander.
Quelle est donc la raison qui vous a pu inspirer si heureusement pour moi en cette rencontre? Je commence à l’entrevoir, et j’ose me flatter que je ne vous ferai point souffrir en la publiant. La bonté qu’a eue le plus grand prince du monde , en voulant bien que je m’employasse avec un de vos plus illustres écrivains à ramasser en un corps le nombre infini de ses actions immortelles'; cette permission, dis-je, qu’il m’a donnée , m’a tenu lieu auprès de vous de toutes les qualités qui me manquent. Elle vous a entièrement déterminés en ma faveur. Oui , messieurs , quelque juste sujet qui dût pour jamais m’interdire l’entrée de votre Académie , vous n’avez pas cru qu’il fût de votre équité de souffrir qu’un homme destiné à parler de si grandes choses fût privé de l’utilité de vos leçons, ni instruit en d’autre école qu’en la vôtre. Et en cela vous avez bien fait voir que , lorsqu’il s’agit de votre auguste protecteur, quelque autre considération qui vous pût retenir d’ailleurs , votre zèle ne vous laisse plus voir que le seul intérêt de sa gloire.
Permettez pourtant que je vous désabuse, si vous vous êtes persuadés que ce grand prince , en m’accordant cette grâce . ait cru rencontrer en moi un écrivain capable de soutenir en quelque sorte , par la beauté du style et par la magnificence des paroles . la grandeur de ses exploits. C’est à vous , messieurs , c’est à des plumes comme les vôtres , qu’il appartient de faire de tels chefsd’œuvre ; et il n’a jamais conçu de moi une si avantageuse pensée. Mais comme tout ce qui s’est fait sous son règne tient beaucoup du miracle et du prodige, il n’a pas trouvé mauvais qu’au milieu de tant d’écrivains célèbres qui s’apprêtent à l’envi à peindre ses actions dans tout leur éclat et avec tous les ornemens de l’élo-
» . Racine et Boileau avoient été nommé* historiographes en 4677. IB.)