‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 243 sur 492 · AVERTISSEMENT DE L’AUTEUR · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT DE L’AUTEUR

M. Charpentier, de l’Académie françoise, ayant composé des inscriptions pleines d’emphase , qui furent mises par ordre du roi au bas des tableaux des victoires de ce prince, peints dans la grande galerie de Versailles par M. Le Brun, M. de Louvois, qui succéda à M. Colbert dans la charge de surintendant des bâtimens, lit entendre à Sa Majesté que ces inscriptions déplaisoient à tout le monde ; et , pour mieux lui montrer que c’étoit avec raison, me pria de faire sur cela un mot d’écrit qu’il pût montrer au roi. Ce que je fis aussitôt. Sa Majesté lut cet écrit avec plaisir, et l’approuva : de sorte que la saison l’appelant à Fontainebleau , il ordonna qu’en son absence on ôtât toutes ces pompeuses déclamations de M. Charpentier, et qu’on y mît les inscriptions simples qui y sont, que nous composâmes presque surle-champ, M. Racine et moi, et qui furent approuvées de tout le monde. C’est cet écrit, fait à la prière de M. de Louvois, que je donne ici au public.

Les inscriptions doivent être simples, courtes et familières. La pompe ni la multitude des paroles n’y valent rien , et ne sont point propres au style grave , qui est le vrai style des inscriptions. Il est absurde de faire une déclamation autour d’une médaille ou au bas d’un tableau, surtout lorsqu’il s’agit d’actions comme celles du roi , qui , étant d’elles-mêmes toutes grandes et toutes merveilleuses , n’ont pas besoin d’être exagérées.

11 suffit d’énoncer simplement les choses pour les faire admirer. « Le passage du Rhin » dit beaucoup plus que « le merveilleux passage du Rhin. » L’épithète de merveilleux en cet endroit ,

DISCOURS SUR LE STYLE DES INSCRIPTIONS. 3i0

bien loin d’augmenter l’action , la diminue , et sent son déclamateur qui veut grossir de petites choses. C’est à l’inscription à dire : « Voilà le passage du Rhin; » et celui qui lit saura bien dire sans elle : « Le passage du Rhin est une des plus merveilleuses actions qui aient jamais été faites dans la guerre. » Il le dira même d’autant plus volontiers que l’inscription ne l’aura pas dit avant lui , les hommes naturellement ne pouvant souffrir qu’on prévienne leur jugement, ni qu’on leur impose la nécessité d’admirer ce qu’ils admireront assez d’eux-mêmes.

D’ailleurs , comme les tableaux de la galerie de Versailles sont des espèces d’emblèmes héroïques des actions du roi , il ne faut , dans les règles , que mettre au bas du tableau le fait historique qui a donné occasion à l’emblème. Le tableau doit dire le reste, et s’expliquer tout seul. Ainsi , par exemple , lorsqu’on aura mis au bas du premier tableau : a Le roi prend lui-même la conduite de son royaume , et se donne tout entier aux affaires , 1661 , » il sera aisé de concevoir le dessein du tableau , où l’on voit le roi fort jeune , qui s’éveille au milieu d’une foule de plaisirs dont il est environné, et qui, tenant de la main un timon, s’apprête à suivre la gloire qui l’appelle , etc.

Au reste, cette simplicité d’inscriptions est extrêmement du goût des anciens, comme on le peut voir dans les médailles, où ils se contentoient souvent de mettre pour toute explication la date de l’action qui est figurée , ou le consulat sous lequel elle a été faite ; ou tout au plus deux mots qui apprennenHe sujet de la médaille.

Il est vrai que la langue latine dans cette simplicité a une noblesse et une énergie qu’il est difficile d’attraper en notre langue; mais si l’on n’y peut atteindre il faut s’efforcer d’en approcher, et tout du moins ne pas charger nos inscriptions d’un verbiage et d’une enflure de paroles, qui étant fort mauvaise partout ailleurs , devient surtout insupportable en ces endroits.

Ajoutez à tout cela que ces tableaux étant dans l’appartement du roi , et ayant été faits par son ordre , c’est en quelque sorte le roi lui-même qui parle à ceux qui viennent voir sa galerie. C’est pour ces raisons qu’on a cherché une grande simplicité dans les nouvelles inscriptions, où l’on ne met proprement que le titre et la date, et où l’on a surtout évité le faste et l’ostentation.

EPITAPHE DE J. RACINE

ÉPITAPHE DE J. RACINE*

Hic jacet nobilis vir Johannes RACINE, Francise thesauris præfectus , régi a secretis atque a cubiculo , nec non unus e quadraginta gallicanæ Academiæ viris ; qui postquam profana tragœdiarum argumenta diu cum ingenti hominum admiratione tractasset, musas tandem suas uni Deo consecravit , omnemque ingenii vim in eo laudando contulit , qui solus laude dignus. Cum eum vitæ negotiorumque rationes multis nominibus aulæ tenerent addictum , tamen in frequenti hominum consortio omnia pietatis ac religionis officia coluit. A christianissimo rege Ludovico Magno selectus una cum familiari ipsius amico fuerat, qui res , eo régnante , præclare ac mirabiliter gestas præscriberet. Huic intentus operi repente in gravem æque et diuturnum morbum implicitus est : tandem ab hac sede miseriarum , in melius domicilium translatus, anno ætatis suæ quinquagesimo nono , qui mortem longiori adhuc intervallo remotam valde horruerat, ejusdem præsentis aspectum placida fronte sustinuit, obiitque spe multo magis et pia in Deum fiducia erectus , quam fractus metu. Ea jactura omnes iliius amicos , e quibus nonnulli inter regni primores eminebant , acerbissimo dolore perculit. Manavit etiam ad ipsum regem tanti yiri desiderium. Fecit modestia ejus singularisât præcipua in hanc Portus Regii domum benevolentia, ut in isto cœmeterio pie magis quam magnifiée sepeliri vellet, adeoque testamento cavit, ut corpus suum, juxta piorum hominum , qui hic jacent , corpora humaretur.

Tu vero, quicumque es, quem in hanc domum pietas adducit, tuas ipse mortalitatis ad hune aspectum recordare , et clarissimam tanti viri memoriam precibus potius quam elogiis prosequere.

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