‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 274 sur 492 · I. De 1074 à 4710. Ç · texte numérisé non relu

I. De 1074 à 4710. Ç

l’amour de l’Écriture sainte, et je ne croyois pas que je dusse avoir jamais besoin d’en faire l’apologie. A quelque temps de là ma surprise ne fut pas médiocre, lorsqu’on me montra, dans un livre qui avoit pour titre Démonstration évangélique , composé par le célèbre M. Huet , alors sous-précepteur de Mgr le Dauphin, un endroit où non-seulement il n’étoit pas de mon avis , mais où il soutenoit hautement que Longin s’étoit trompé lorsqu’il s’étoit persuadé qu’il y avoit du sublime dans ces paroles : Dieu dit , etc. J’avoue que j’eus de la peine à digérer qu’on traitât avec cette hauteur le plus fameux et le plus savant critique de l’antiquité. De sorte qu’en une nouvelle édition qui se fit quelques mois après1 * * de mes ouvrages, je ne pus m’empêcher d’ajouter dans ma préface ces mots : « J'ai rapporté ces paroles de la Genèse , comme l’expression la plus propre à mettre ma pensée en jour; et je m’en suis servi d’autant plus volontiers, que cette expression est citée avec éloge par Longin même, qui. au milieu des ténèbres du paganisme, n’a pas laissé de reconnoître le divin qu’il y avoit dans ces paroles de l’Écriture. Mais que dirons-nous d’un des plus savans hommes de notre siècle, qui, éclairé des lumières de l’Évangile, ne s’est pas aperçu de la beauté de cet endroit; qui a osé, dis-je, avancer dans un livre qu’il a fait pour démontrer la religion chrétienne, que Longin s’étoit trompé lorsqu’il avoit cru que ces paroles étoient sublimes? »

Comme ce reproche étoit un peu fort, et. je l’avoue même, un peu trop fort, je m’attendois à voir bientôt paroître une réplique très-vive de la part de M. Huet , nommé environ dans ce temps-là à l’évêché d’Avranches; et je me préparois à y répondre le moins mal et le plus modestement qu’il me seroit possible. Mais , soit que ce savant prélat eût changé d’avis , soit qu’il dédaignât d’entrer en lice avec un aussi vulgaire antagoniste que moi, il se tint dans le silence. Notre démêlé parut éteint, et je n’entendis parler de rien jusqu’en 1709, qu’un de mes amis me fit voir dans un dixième tome’ de la Bibliothèque choisie de M. Le Clerc, fameux protestant de Genève, réfugié en Hollande, un chapitre de plus de vingt-cinq pages , où ce protestant nous réfute très-impérieusement Longin et moi, et nous traite tous deux d’aveugles et de petits esprits . d’avoir cru qu’il y avoit là quelque sublimité. L’occasion qu’il prend pour nous faire après coup cette insulte, c’est une prétendue lettre5 du savant M. Huet , aujourd’hui ancien évêque d’Avranches, qui lui est, dit-il, tombée entre les mains, et que pour mieux nous foudroyer, il transcrit toute entière; y joignant néanmoins, afin de la mieux faire valoir, plusieurs remarques de sa façon, presque aussi longues que la lettre même,

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