‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 298 sur 492 · Vers 42. (B.) — 3. Lycurgue, tragédie perdue. (B · texte numérisé non relu

Vers 42. (B.) — 3. Lycurgue, tragédie perdue. (B

4. Philosophe cl poëte grec, né i Céos vers l’an 558 avant J. C.

TRAITÉ DU SUBLIME

que, le beau des images, c’est de représenter la chose comme elle s’est passée, et telle qu’elle est dans la vérité; car une invention poétique et fabuleuse , dans une oraison , traîne nécessairement avec soi des digressions grossières et hors de propos , et tombe dans une extrême absurdité. C’est pourtant ce que cherchent aujourd’hui nos orateurs. Us voient quelquefois les Furies , ces grands orateurs, aussi bien que les poètes tragiques; et les bonnes gens ne prennent pas garde que , lorsqu’Oreste dit dans Euripide 1 :

« Toi qui dans les enfers me veux précipiter ,

Déesse , cesse enfin de me persécuter , s

il ne s’imagine voir toutes ces choses que parce qu’il n’est pas dans son bon sens. Quel est donc l’effet des images dans la rhétorique? C’est qu’outre plusieurs autres propriétés, elles ont cela, qu’elles animent et échauffent le discours ; si bien qu’étant mêlées avec art dans les preuves elles ne persuadent pas seulement, mais elles domptent, pour ainsi dire, elles soumettent l’auditeur. « Si un homme , dit un orateur, a entendu un grand bruit devant le palais , et qu’un autre en même temps vienne annoncer que les prisons sont ouvertes, et que les prisonniers de guerre se sauvent , il n’y a point de vieillard si chargé d’années , ni de jeune homme si indifférent , qui ne coure de toute sa force au secours. Que si quelqu’un , sur ces entrefaites , leur montre l’auteur de ce désordre, c’est fait de ce malheureux; il faut qu’il périsse sur-lechamp , et on ne lui donne pas le temps de parler. »

Hypéride s’est servi de cet artifice dans l’oraison où il rend compte de l’ordonnance qu’il fit faire après la défaite de Chéronée, qu’on donneroit la liberté aux esclaves. « Ce n’est point, dit-il , un orateur qui a fait passer cette loi , c’est la bataille , c’est la défaite de Chéronée. » Au même temps qu’il prouve la chose par raison , il fait une image ; et par cette proposition qu’il avance , il fait plus que persuader et que prouver : car , comme en toutes choses on s’arrête naturellement à ce qui brille et éclate davantage , l’esprit de l’auditeur est aisément entraîné par cette image qu’on lui présente au milieu d’un raisonnement, et qui, lui frappant l’imagination, l’empêche d’examiner de si près la force des preuves , à cause de ce grand éclat dont elle couvre et environne le discours. Au reste, il n’est pas extraordinaire que cela fasse cet effet en nous, puisqu’il est certain que de deux corps mêlés ensemble, celui qui a le plus de force attire toujours à soi la vertu et la puissance de l’autre. Mais c’est assez parlé de cette sublimité qui consiste dans les pensées . et qui vient , comme j’ai dit, ou de la grandeur d’âme, ou de l’imitation, ou de l’imagination.

{ . Orette, tragédie, vers 284. (B.)

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