‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 3 sur 492 · POUR LES ÉDITIONS DE 1666 A · texte numérisé non relu

POUR LES ÉDITIONS DE 1666 A

LE LIBRAIRE AU LECTEUR

Ces satires dont on fait part au public n’auroient jamais couru le hasard de l’impression si l’on eût laissé faire leur auteur. Quelques applaudissemens qu’un assez grand nombre de personnes amoureuses de ces sortes d’ouvrages ait donnés aux siens , sa modestie lui persuadoit que de les faire imprimer, ce seroit augmenter le nombre des méchans livres , qu’il blâme en tant de rencontres , et se rendre par là digne lui-même en quelque façon d’avoir place dans ses satires. C’est ce qui lui a fait souffrir fort longtemps , avec une patience qui tient quelque chose de l’héroïque dans un auteur , les mauvaises copies qui ont couru de ses ouvrages , sans être tenté pour cela de les faire mettre sous la presse. Mais enfin toute sa constance l’a abandonné à la vue de cette monstrueuse édition qui en a paru depuis peu*. Sa tendresse de père s’est réveillée à l’aspect de ses enfans ainsi défigurés et mis en pièces , surtout lorsqu’il les a vus accompagnés de cette prose fade et insipide, que tout le sel de ses vers ne pourroit pas relever : je veux dire de ce Jugement sur les sciences 1 , qu’on a cousu si peu judicieusement à la fin de son livre. Il a eu peur que ses satires n’achevassent de se gâter en une si méchante compagnie; et il a cru , enfin , que puisqu’un ouvrage , tôt ou tard , doit passer par les mains de l’imprimeur, il valoit mieux subir le joug (' a bonne grâce , et faire de lui-même ce qu’on avoit déjà fait malgré

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