‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 4 sur 492 · A Rouen, en t · texte numérisé non relu

A Rouen, en t

2. Ce Jugement sur les sciences, dont Boileau ignoroit l’auteur quand il écrivit celle préface , est un des plus médiocres ouvrages de Sainl- Évremond.

Bon. vau 1

t PREFACES.

lui. Joint que ce galant homme qui a pris le soin de la première édition , y a mêlé les noms de quelques personnes que l’auteur honore, et devant qui il est bien aise de se justifier. Toutes ces considérations, dis-je, l’ont obligé à me confier les véritables originaux de ses pièces, augmentées encore de deux autres1 , pour lesquelles il appréhendoit le même sort. Mais en même temps il m’a laissé la charge de faire ses excuses aux auteurs qui pourront être choqués de la liberté qu’il s’est donnée de parler de leurs ouvrages en quelques endroits de ses écrits. Il les prie donc de considérer que le Parnasse fût de tout temps un pays de liberté; que le plus habile y est tous les jours exposé à la censure du plus ignorant; que le sentiment d’un seul homme ne fait point de loi; et qu’au pis aller, s’ils se persuadent qu’il ait fait du tort à leurs ouvrages, ils s’en peuvent venger sur les siens, dont il leur abandonne jusqu’aux points et aux virgules. Que si cela ne les satisfait pas encore, il leur conseille d’avoir recours à cette bienheureuse tranquillité des grands hommes comme eux , qui ne manquent jamais de se consoler d’une semblable disgrâce par quelque exemple fameux, pris des plus célèbres auteurs de l’antiquité, dont ils se font l’application tout seuls. En un mot, il les supplie de faire réflexion que si leurs ouvrages sont mauvais, ils méritent d’être censurés; et que s’ils sont bons, tout ce qu’on dira contre eux ne les fera pas trouver mauvais. Au reste, comme la malignité de ses ennemis s’efforce depuis peu de donner un sens coupable à ses pensées même les plus innocentes , il prie les honnêtes gens de ne se pas laisser surprendre aux subtilités raffinées de ces petits esprits qui ne savent se venger que par des voies lâches , et qui lui veulent souvent faire un crime affreux d’une élégance poétique. Il est bien aise aussi de faire savoir dans cette édition que le nom de Scutari, l’heureux Scutari, ne veut dire que Scutari; bien que quelques-uns l’aient voulu attribuer à un des plus fameux poètes de notre siècle5 , dont l’auteur estime le mérite et honore la vertu.

J’ai charge encore d’avertir ceux qui voudront faire des satires contre les satires, de ne se point cacher. Je leur réponds que l'auteur ne les citera point devant d’autre tribunal que celui des Muses : parce que, si ce sont des injures grossières, les beurrières lui en feront raison; et si c’est une raillerie délicate, il n’est pas assez ignorant dans les lois pour ne pas savoir qu’il doit porter la peine du talion. Qu’ils écrivent donc librement : comme ils contribueront sans doute à rendre l’auteur plus illustre , ils feront le profit du libraire; et cela me regarde. Quelque intérêt pourtant que j’y trouve , je leur conseille d’attendre quelque temps , et de laisser mûrir leur mauvaise humeur. On ne fait rien qui vaille dans la colère. Vous avez beau vomir des injures sales et odieuses , cela marque la bassesse de votre âme , sans rabaisser la gloire

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