Pour Somaville , libraire
3. Altération du. nom de Henri Sauvai, auteur des Amours des rois de France et des Antiquités de Paris.
SATIRE VII
Je rencontre à la fois Perrin 1 et Pelletier .
Bonnecorse, Pradon, Colletet, Titreville *;
Et, pour un que je yeux, j’en trouve plus de mille.
Aussitôt je triomphe ; et ma muse en secret S’estime et s’applaudit du beau coup qu’elle a fait.
C’est en vain qu’au milieu de ma fureur extrême Je me fais quelquefois des leçons à moi-même;
En vain je veux au moins faire grâce à quelqu’un :
Ma plume auroit regret d’en épargner aucun;
Et sitôt qu’une fois la verve me domine ,
Tout ce qui s’offre à moi passe par l’étamine.
Le mérite pourtant m’est toujours précieux :
Mais tout fat me déplaît, et me blesse les yeux;
Je le poursuis partout, comme un chien fait sa proie,
Et ne le sens jamais qu’aussitôt je n’aboie.
Enfin , sans perdre temps en de si vains propos ,
Je sais coudre une rime au bout de quelques mots.
Souvent j’habille en vers une maligne prose :
C’est par là que je vaux , si je vaux quelque chose.
Ainsi , soit que bientôt, par une dure loi,
La mort d’un vol affreux vienne fondre sur moi ,
Soit que le ciel me garde un cours long et tranquille,
A Rome ou dans Paris , aux champs ou dans la ville ,
Dût ma muse par là choquer tout l’univers.
Riche, gueux, triste ou gai, je veux faire des vers,
Pauvre esprit, dira-t-on, que je plains ta folie 1 Modère ces bouillons de ta mélancolie :
Et garde qu’un de ceux que tu penses blâmer N’éteigne dans ton sang cette ardeur de rimer.
Eh quoi 1 lorsqu’autrefois Horace, après Lucile*,
Exhaloit en bons mots les vapeurs de sa bile ,
Et , vengeant la vertu par des traits éclatans ,
Alloit ôter le masque aux vices de son temps;
Ou bien quand Juvénal , de sa mordante plume Faisant couler des Ilots de fiel et d’amertume,
Gourmandoit en courroux tout le peuple latin,
L’un ou l’autre fit-il une tragique fin?
Et que craindre, après tout, d’une fureur si vaine?
Personne ne connoît ni mon nom ni ma veine :
On ne voit point mes vers, à l’envi de Montreuil1,
4 . L'abbé Perrin, traducteur de l 'Énéide en vers françois, auteur d’opéras et premier directeur de t’Opéra de Paris.
i. Poètes décriés. (B.) — 3. Auteur satirique romain.
♦ . Le nom de Montreuil dominoit dans tous les fréquens recueils de poésie qu’on fai soit alors. (B.) — Boileau écrit Montreuil pour Montereul. Ils éloienl deux frères, Jean et Matthieu, tous deux poètes. Jean étoit de l’Académie françoise.
Boilf.au 3
so
SATIRE VU
Grossir impunément les feuillets d’un recueil.
A peine quelquefois je me force à les lire ,
Pour plaire à quelque ami que charme la satire ,
Qui me flatte peut-être, et, d’un air imposteur,
Rit tout haut de l’ouvrage , et tout bas de l’auteur. Enfin c’est mon plaisir; je veux me satisfaire.
Je ne puis bien parler, et ne saurois me taire;
Et, dès qu’un mot plaisant vient luire à mon esprit, Je n’ai point de repos qu’il ne soit en écrit :
Je ne résiste point au torrent qui m’entraîne.
Mais c’est assez parlé ; prenons un peu d'haleine : Ma main , pour cette fois , commence à se lasser. Finissons. Mais demain , muse , à recommencer.
SATIRE VIII