I. De Corona, page 343, édition de Bâle. (B
a. Poète dramatique grec, du v* «ièclc avant notre ère.
TRAITÉ DU SUBLIME
Mais il n’y a pas grande finesse à jurer simplement. Il faut voir où, comment, en quelle occasion et pourquoi on le fait. Or, dans le passage de ce poète, il n’y a rien autre chose qu’un simple serment -, car il parle aux Athéniens heureux , et dans un temps où ils n’avoient pas besoin de consolation. Ajoutez que dans ce serment il ne jure pas , comme Démosthène , par des hommes qu’il rend immortels, et ne songe point à faire naître dans l’âme des Athéniens des sentimens dignes de la vertu de leurs ancêtres ; vu qu’au lieu de jurer par le nom de ceux qui avoient combattu, il s’amuse à jurer par une chose inanimée, telle qu’est un combat. Au contraire, dans Démosthène, ce serment est fait directement pour rendre le courage aux Athéniens vaincus, et pour empêcher qu’ils ne regardassent dorénavant comme un malheur la bataille de Chéronée. De sorte que, comme j’ai déjà dit , dans cette seule figure , il leur prouve , par raison . qu’ils n’ont point failli , il leur en fournit un exemple , il le leur confirme par des sermens , il fait leur éloge , et il les exhorte à la guerre contre Philippe.
Mais comme on pouvoit répondre à notre orateur : il s’agit de la bataille que nous avons perdue contre Philippe durant que vous maniiez les affaires de la république, et vous jurez par les victoires que nos ancêtres ont remportées : afin donc de marcher sûrement , il a soin de régler ses paroles , et n’emploie que celles qui lui sont avantageuses, faisant voir que, même dans les plus grands emportemens, il faut être sobre et retenu. En parlant donc de ces victoires de leurs ancêtres , il dit : « Ceux qui ont combattu par terre à Marathon , et par mer à Salamine ; ceux qui ont donné bataille près d’Artémise et de Platée. » Il se garde bien de dire : * Ceux qui ont vaincu. » Il a soin de taire l’événement qui avoit été aussi heureux en toutes ces batailles , que funeste à Chéronée, et prévient même l’auditeur en poursuivant ainsi : * Tous ceux , ô Eschine , qui sont péris en ces rencontres ont été enterrés aux dépens de la république , et non pas seulement ceux dont la fortune a secondé la valeur. »
Chàp. XV. — Que les figures ont besoin du sublime pour les soutenir.
Il ne faut pas oublier ici une réflexion que j’ai faite , et que je vais vous expliquer en peu de mots. C’est que si les figures naturellement soutiennent le sublime , le sublime de son côté soutient merveilleusement les figures. Mais où et comment? C’est ce qu’il faut dire.
En premier lieu , il est certain qu’un discours où les figures sont employées toutes seules est de soi-même suspect d’adresse , d’artifice et de tromperie, principalement lorsqu’on parle devant un juge souverain , et surtout si ce juge est un grand sei-