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TRAITÉ DU SUBLIME
dans ses Lois 1 : « 11 ne faut point souffrir que les .richesses d’or et d’argent prennent pied ni habitent dans une ville. » S'il eût voulu, poursuivent-ils , interdire la possession du bétail, assurément qu’il auroit dit, par la même raison, « les richesses de bœufs et de moutons. »
Mais ce que nous avons dit en général suffit pour faire voir l’usage des figures à l’égard du grand et du sublime; car il est certain qu’elles rendent toutes le discours plus animé et plus pathétique ; or le pathétique participe du sublime autant que le sublime1 participe du beau et de l’agréable.
Chap. XXV. — Du choix des mots.
Puisque la pensée et la phrase s’expliquent ordinairement l’une par l’autre , voyons si nous n’avons point encore quelque chose à remarquer dans cette partie du discours qui regarde l’expression. Or, que le choix des grands mots et des termes propres soit d’une merveilleuse vertu pour attacher et pour émouvoir, c’est ce que personne n’ignore , et sur quoi par conséquent il seroit inutile de s’arrêter. En effet il n’y a peut-être rien d’où les orateurs , et tous les écrivains en général qui s’étudient au sublime , tirent plus de grandeur, d’élégance, de netteté, de poids, de force et de vigueur pour leurs ouvrages , que du choix des paroles. C’est par elles que toutes ces beautés éclatent dans le discours comme dans un riche tableau ; et elles donnent aux choses une espèce d’âme et de vie. Enfin les beaux mots sont , à vrai dire , la lumière propre et naturelle de nos pensées. Il faut prendre garde néanmoins à ne pas faire parade partout d’une vaine enflure de paroles; car d’exprimer une chose basse en termes grands et magnifiques , c’est tout de même que si vous appliquiez un grand masque de théâtre sur le visage d’un petit enfant; si ce n’est, à la vérité, dans la poésie’.... Cela se peut voir encore dans un passage de Théopompus4, que Cécilius blâme , je ne sais pourquoi , et qui me semble au contraire fort à louer pour sa justesse , et parce qu'il dit beaucoup. « Philippe, dit cet historien, boit sans peine les affronts que la nécessité de ses affaires l’oblige de souffrir. » En effet , un discours tout simple exprimera quelquefois mieux la chose que toute la pompe et tout l’ornement , comme on le voit tous les jours dans les affaires de la vie. Ajoutez qu’une chose énoncée d’une façon ordinaire se fait aussi plus aisément croire. Ainsi, en parlant d’un