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Ch ap. XXIV. — De la périphrase.
Il n’y a personne , comme je crois , qui puisse douter que la périphrase ne soit encore d’un grand usage dans le sublime ; car , comme dans la musique, le son principal devient plus agréable à l’oreille lorsqu’il est accompagné des différentes parties qui lui répondent, de même la périphrase (vv) , tournant autour du mot propre, forme souvent, par rapport avec lui, une consonnance et une harmonie fort belle dans le discours, surtout lorsqu'elle n’a rien de discordant ou d'enflé , mais que toutes choses y sont dans un juste tempérament. Platon nous en fournit un bel exemple au commencement de son oraison funèbre. « Enfin , dit-il , nous leur avons rendu les derniers devoirs; et maintenant ils achèvent ce fatal voyage, et ils s’en vont tout glorieux de la magnificence avec laquelle toute la ville en général et leurs parens en particulier les ont conduits hors de ce monde'. » Premièrement il appelle la mort cb fatal voyage. Ensuite il parle des derniers devoirs qu’on avoit rendus aux morts, comme d’une pompe publique que leur pays leur avoit préparée exprès pour les conduire hors de cette vie. Dirons-nous que toutes ces choses ne contribuent que médiocrement à relever cette pensée? Avouons plutôt que, par le moyen de cette périphrase mélodieusement répandue dans le discours , d’une diction toute simple il a fait une espèce de concert et d’harmonie. De même Xénophon5 : a Vous regardez le travail comme le seul guide qui vous peut conduire à une vie heureuse et plaisante. Au reste , votre âme est ornée de la plus belle qualité que puisse jamais posséder des hommes nés pour la guerre; c’est qu’il n’y a rien qui vous touche plus sensiblement que la louange. » Au lieu de dire : « Vous vous adonnez au travail, » il use de cette circonlocution : « Vous regardez le travail comme le seul guide qui vous peut conduire à une vie heureuse. » Et, étendant ainsi toutes choses, il rend sa pensée plus grande et relève beaucoup cet éloge. Cette périphrase d’Hérodote3 me semble encore inimitable. : « La déesse Vénus , pour châtier l’insolence des Scythes qui avoient pillé son temple , leur envoya une maladie qui les rendoit femmes' (xx). *
Au reste , il n’y a rien dont l’usage s’étende plus loin que la périphrase , pourvu qu’on ne la répande pas partout sans choix et sans mesure ; car aussitôt elle languit , et a je ne sais quoi de niais et de grossier. Et c’est pourquoi Platon, qui est toujours figuré dans ses expressions, et quelquefois même un peu mal à propos, au jugement de quelques-uns , a été raillé pour avoir dit