CHAPITRE XXV
homme qui, pour s’agrandir, souffre sans peine, et même avec plaisir, des indignités, ces termes : boire des affronts me semblent signifier beaucoup. 11 en est de même de cette expression d’Hérodote 1 : « Cléomène étant devenu furieux , il prit un couteau dont il se hacha la chair en petits morceaux; et, s’étant ainsi déchiqueté lui-même . il mourut. » Et ailleurs 1 : « Pythès , demeurant toujours dans le vaisseau, ne cessa point de combattre qu'il n'eût été haché en pièces. » Car ces expressions marquent un homme qui dit bonnement les choses et qui n’y entend point de finesse , et renferment néanmoins en elles un sens qui n’a rien de grossier ni de trivial.
Chap. XXVI. — Des métaphores.
Pour ce qui est du nombre des métaphores , Cécilius semble être de l’avis de ceux qui n’en souffrent pas plus de deux ou trois au plus pour exprimer une seule chose. Mais Démosthène 3 nous doit encore ici servir de règle. Cet orateur nous fait voir qu’il y a des occasions où l’on en peut employer plusieurs à la fois, quand les passions , comme un torrent rapide , les entraînent avec elles nécessairement et en foule. « Ces hommes malheureux, ditil quelque part, ces lâches flatteurs, ces furies de la république ont cruellement déchiré leur patrie. Ce sont eux qui , dans la débauche , ont autrefois vendu à Philippe notre liberté (xx), et qui la vendent encore aujourd’hui à Alexandre; qui, mesurant, dis-je, tout leur bonheur aux sales plaisirs de leur ventre, à leurs infâmes débordemens, ont renversé toutes les bornes de l’honneur , et détruit parmi nous cette règle , où les anciens Grecs faisoient consister toute leur félicité, de ne souffrir point de maître. » Par cette foule de métaphores prononcées dans la colère, l’orateur ferme entièrement la bouche à ces traîtres. Néanmoins Aristote et Théophraste, pour excuser l’audace de ces figures, pensent qu’il est bon d’y apporter ces adoucisseraens : a Pour ainsi dire, pour parler ainsi, si j’ose me servir de ces termes, pour m’expliquer un peu plus hardiment. » En effet , ajoutent-ils, l’excuse est un remède contre les hardiesses du discours ; et je suis bien de leur avis. Mais je soutiens pourtant toujours ce que j’ai déjà dit, que le remède le plus naturel contre l’abondance et la hardiesse soit des métaphores , soit des autres figures , c’est de ne les employer qu’à propos , je veux dire dans les grandes passions et dans le sublime ; car comme le sublime et le pathétique , par leur violence et leur impétuosité , emportent naturellement et entraînent tout avec eux , ils demandent nécessairement des
t . Liv. VI, page 358, édition do Francfort. (B.)