De Corona, page 3b4, édition de Bâle. (B
TRAITÉ DU SUBLIME
expressions fortes, et ne laissent pas le temps à l’auditeur de s’amuser à chicaner le nombre des métaphores , parce qu’en ce moment il est épris d’une commune fureur avec celui qui parle.
Et même pour les lieux communs et les descriptions , il n’y a rien quelquefois qui exprime mieux les choses qu’une foule de métaphores continuées. C’est par elles que nous voyons dans Xénophon une description si pompeuse de l’édifice du corps humain. Platon 1 néanmoins en a fait la peinture d’une manière encore plus divine. Ce dernier appelle la tête «une citadelle. » IL dit que le cou est « un isthme , qui a été mis entre elle et la poitrine ; que les vertèbres sont comme des gonds sur lesquels elle tourne ; que la volupté est l’amorce de tous les malheurs qui arrivent aux hommes ; que la langue est le juge des saveurs ; que le cœur est la source des veines , la fontaine du sang , qui de là se porte avec rapidité dans toutes les autres parties , et qu’il est disposé comme une forteresse gardée de tous côtés. » Il appelle les pores des rues étroites. «■ Les dieux , poursuit-il , voulant soutenir le battement du cœur , que la vue inopinée des choses terribles , ou le mouvement de la colère , qui est de feu , lui causent ordinairement , ils ont mis sous lui le poumon , dont la substance est molle et n’a point de sang; mais, ayant par dedans de petits trous en forme d’éponge, il sert au cœur comme d’oreiller, afin que, quand la colère est enflammée, il ne soit point troublé dans ses fonctions. » Il appelle la partie concupiscible « l’appartement de la femme , » et la partie irascible a. l’appartement de l’homme. » Il dit que la rate est « la cuisine des intestins (ab) ; et qu’étant pleine des ordures du foie , elle s’enfle et devient bouffie. » « Ensuite , continue-t-il , les dieux couvrirent toutes ces parties de chair , qui leur sert comme de rempart et de défense contre les injures du chaud et du froid , et contre tous les autres accidens. Et elle est, ajoute-t-il, comme une laine molle et ramassée qui entoure doucement le corps. » Il dit que le sang est « la pâture de la chair. Et afin que toutes les parties pussent recevoir l’aliment, ils y ont creusé, comme dans un jardin, plusieurs canaux , afin que les ruisseaux des veines , sortant du cœur comme de leur source, pussent couler dans ces étroits conduits du corps humain. » Au reste, quand la mort arrive, il dit que a les organes se dénouent comme les cordages d’un vaisseau , et qu’ils laissent aller l’âme en liberté. » Il y en a encore une infinité d'autres ensuite , de la même force , mais ce que nous avons dit suffit pour faire voir combien toutes ces figures sont sublimes d’elles-mêmes ; combien, dis-je, les métaphores servent au grand, et de quel usage elles peuvent être dans les endroits pathétiques et dans les descriptions.
Or, que ces figures, ainsi que toutes les autres élégances du
I . Dans le Tintée , pages 09 el suivantes, édition de H. Estienne. (B.)