‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 335 sur 492 · VI. — Au BARON DE WALEF · texte numérisé non relu

VI. — Au BARON DE WALEF

Monsieur,

Si l’histoire ne m’avoit point tiré du métier de la poésie, je ne me sens point si épuisé que je ne trouvasse des rimes pour répondre à une aussi obligeante épître que celle que vous m’avez adressée : ce seroit par des vers que j’aurois répondu à d’aussi excellens vers que les vôtres; je vous aurois rendu figure pour figure , exagération pour exagération , et en vous mettant peutêtre au-dessus d’Apollon et des Muses, je vous aurois fait voir que l’on ne me met pas impunément au-dessus des Orphées et des Amphions. Mais puisque la poésie m’est en quelque sorte interdite , trouvez bon, monsieur, que je vous assure, en prose très-simple mais très -sincère , que vos vers m’ont paru merveilleux, que j’y trouve de la force et de l’élégance, et que je ne conçois pas comment un homme nourri dans le pays de Liège a pu deviner tous les mystères de notre langue.

Vous me faites entendre, monsieur, que c’est moi qui vous ai inspiré : si cela est, je suis dans mes inspirations beaucoup plus heureux pour vous que pour moi-même, puisque je vous ai donné ce que je n’ai jamais eu. Je ne sais si Horace et Juvénal ont eu des disciples pareils à vous , mais quelque mérite qu’ils aient d’ailleurs, voilà un endroit où je les surpasse.

J’aurai toute ma vie une obligation très-sensible à M. le marquis de Dangeau de m’avoir procuré l’honneur de votre connoissance ; il ne tiendra qu’à vous que cette connoissance se convertisse

4. Le baron de Walef, polygraphe françois, né à Liège vers 4752, y fît mort en 1634.

en une étroite amitié, puisque personne n’est plus parfaitement que moi ,

Monsieur ,

Votre, etc.

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