X. — Racine et Boileau au maréchal duc de Luxembourg
Félicitation sur la victoire de Fleurus.
A Paris, 8 juillet 1690.
Au milieu des louanges et des complimens que vous recevez de tous côtés pour le grand service que vous venez de rendre à la France, trouvez bon, monseigneur, qu’on vous remercie aussi d* grand bien que vous avez fait à l’histoire , et du soin que vous prenez de l’enrichir. Personne jusqu’ici n’y a travaillé avec plus de succès que vous , et la bataille que vous venez de gagner fera sans doute un de ses plus magnifiques ornemens. Jamais il n’y en eut de si propre à être racontée; et tout s’y rencontre à la fois, la grandeur de la querelle, l’animosité des deux partis, l’audace et la multitude des combattans, une résistance de plus de six heures, un carnage horrible, et enfin une déroute entière des ennemis. Jugez donc quel agrément c’est pour des historiens d’avoir de telles choses à écrire, surtout quand ces historiens peuvent espérer d’en apprendre de votre bouche même le détail. C’est de quoi nous osons nous flatter; mais laissant là l’histoire à part, sérieusement, monseigneur, il n’y a point de gens qui soient si véritablement touchés que nous de l’heureuse victoire que vous avez remportée. Car, sans compter l’intérêt général que nous y prenons avec tout le royaume , figurez-vous quelle est notre joie d’entendre publier partout que nos affaires sont rétablies, toutes les mesures des ennemis rompues , la France, pour ainsi dire, sauvée, et de songer que le héros qui a fait tous ces miracles , est ce même homme d’un commerce si agréable , qui nous honore de son amitié, et qui nous donna à dîner le jour que le roi lui donna le commandement de ses armées. Nous sommes avec un profond respect, etc.
t . Forteresse bâtie par Louis XIV sur la Moselle en face de Trarbach. et qui fut démolie après la paix de iliswick.
LETTRES DE BOILEAU