‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 351 sur 492 · XIX. — Au MÊME · texte numérisé non relu

XIX. — Au MÊME

Paris, 3 janvier (700.

Je vous ai bien de l’obligation , mon très-cher neveu , de votre souvenir et de l’agréable flatterie que vous m’avez écrite au commencement de l’année. On ne peut pas plus agréablement louer un oncle que de lui dire que l’on le regarde comme une espèce de père; car il n’y a ordinairement rien de moins père qu’un oncle. Vous n’ignorez pas ce que veut dire en latin : Ne sis patruus mihi et patruus patruissimus. Vous avez grande raison de ne me point mettre au rang de ces oncles trop oncles; et je n’ai pour vous que des- sentimens qui tirent droit au paternel. Je suis bien aise de la bonne opinion que M. Le Baron’ a de moi , et j’ai trouvé son compliment à M. le comte d’Ayen’ très-joli et trèsspirituel. Il est dans le goût des complimens de Molière, c’est-àdire que la satire y est adroitement mêlée à la flatterie , afin que l’une fasse passer l’autre. J’y ai trouvé seulement un peu à dire qu’il y mette les sots poètes si proche d’Apollon. La racaille poétique , dont il parle , est logée au pied et dans les marais du mont Parnassien où elle rampe avec les grenouilles et avec l’abbé de Pure; et Apollon est logé tout au haut avec les Muses et avec Corneille, Racine, Molière, etc. Jamais méchant auteur n’y arriva; et quand quelqu’un en veut approcher , Musse furcillis præcipitem ejiciunt. Adieu , mon très-cher neveu , témoignez bien à M. Le Baron que je fais de lui le cas que je dois, et croyez que je suis cette année, encore plus que les précédentes, entièrement à vous.

4. Lamoignon de Bâville, intendant de Languedoc, fila du premier président.

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