‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 352 sur 492 · Depuis, le maréchal duc de Noaiiles · texte numérisé non relu

Depuis, le maréchal duc de Noaiiles

Boileau 22

LETTRES DE B01LEAÜ

XX AM. Charles Perrault, de l’Académie Françoise.

Monsieur,

Puisque le public a été instruit de notre démêlé, il est bon de lui apprendre aussi notre réconciliation , et de ne lui pas laisser ignorer qu’il en a été de notre querelle sur le Parnasse , comme de ces duels d'autrefois, que la prudence du roi a si sagement réprimés , où , après s’être battus à outrance , et s être quelquefois cruellement blessés l’un l’autre, on s’embrassoit, et on devenoit sincèrement ami. Notre duel grammatical s est même termine encore plus noblement ; et je puis dire , si j’ose vous citer Homere , que nous avons fait comme Ajax et Hector dans 1 Iliade , qui , aussitôt après leur long combat en presence des Grecs et des Troyens, se comblent d’honnêtetés et se font des presens. En effet monsieur, notre dispute n’étoit pas encore bien finie que vous m’avez fait l’honneur de m’envoyer vos ouvrages , et que j’ai eu soin qu’on vous portât les miens. Nous avons d autant mieux imité ces deux héros du poème qui vous plaît si peu , qu en nous faisant ces civilités, nous sommes demeurés comme eux, chacun dans notre même parti et dans nos mêmes sentimens : c’est-à-dire , vous toujours bien résolu de ne point trop estimer

Homère ni Virgile, et moi toujours leur passionné admirateur. Voüà de quoi if est bon que le public soit informé; et c’étoit pour commencer à le lui faire entendre , que peu de temps apres notre réconciliation je composai une épigramme qui a couru, et que vraisemblablement vous avez vue. La voici :

Tout le trouble poétique, etc.1...

Vous pouvez reconnoître , monsieur , par ces vers , où j’ai exprimé sincèrement ma pensée, la différence que j’ai toujours faite de vous et de ce poète de théâtre, dont j’ai mis le nom en œuvre pour égayer la fin de mon épigramme. Aussi étoit-ce 1 homme du monde oui vous ressembloit le moins.

4 Mais maintenant que nous voilà bien remis , et qu il ne reste plus entre nous aucun levain d’animosité ni d’aigreur, oserois-je, comme votre ami , vous demander ce qui a pu depuis si longtemps vous irriter, et vous porter à écrire contre tous les plus célébrés écrivains de l’antiquité? Est-ce le peu de cas quil vous a paru oue l’on faisoit parmi nous des bons auteurs modernes ? Mais ou avez-vous vu qu’on les méprisât? Dans quel siècle a-t-on plus volontiers applaudi aux bons livres naissans , que dans le nôtre T Quels éloges n’y a-t-on point donnés aux ouvrages de M. Descartes, de M Arnauld , de M. Nicole et de tant d’autres admirables philosophes et théologiens, que la France a produits depuis soiiante

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